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Réflexion chrétienne sur l'Évangile de dimanche prochain

Réflexion sur l'évangile dominical par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada. Nous publions sa réflexion une semaine à l'avance pour aider ceux qui se préparent à témoigner sur cet évangile.

 D’où vient ma foi?

 

 


Matthieu 4, 1-11

 

Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.» Mais Jésus répondit: «Il est écrit: Ce n’est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.»

Alors le démon l’emmène à la ville sainte, à Jérusalem, le place au sommet du Temple et lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et: Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.» Jésus lui déclara: «Il est encore écrit: Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.»

Le démon l’emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire. Il lui dit: «Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer.» Alors, Jésus lui dit: «Arrière, Satan! car il est écrit: C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras.»

Alors le démon le quitte. Voici que des anges s’approchèrent de lui, et ils le servaient.

 

Premier dimanche du Carême - A

photo du Père Allard


Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre

À partir du mercredi des cendres, le cycle des «dimanches ordinaires» est interrompu. Nous le reprendrons dans trois mois et demi, après la Pentecôte. Nous allons maintenant vivre un temps privilégié, celui du «cycle pascal», qui comprend le temps du Carême et le temps de Pâques.

Pendant les deux premiers dimanches du Carême, nous lisons la version de saint Matthieu des tentations de Jésus et de la transfiguration. Puis, nous aurons les trois superbes textes de saint Jean qui préparaient traditionnellement les nouveaux chrétiens au baptême : le Christ qui offre l’eau vive à la Samaritaine, qui ouvre les yeux à l’aveugle de naissance, qui redonne vie à son ami Lazare.

Pendant les premiers siècles du christianisme, ces lectures bibliques ont accompagné les adultes qui désiraient entrer dans l’Église. Elles étaient aussi proposées aux chrétiens qui voulaient renouveler les promesses de leur baptême pendant la veillée pascale. Pour atteindre ce but, la période du carême offrait plusieurs moyens qui pouvaient aider à réanimer la ferveur chrétienne : l’écoute de la parole de Dieu, le service aux frères et sœurs, le jeûne, le partage et la prière. Ces moyens demeurent, encore aujourd’hui, la base de tout renouvellement chrétien.

Le récit des tentations dans le désert nous est raconté par les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), mais dans chaque cas avec des nuances différentes, correspondant au message théologique que chacun veut transmettre. Dans le récit de Matthieu, l’Esprit Saint conduit Jésus au désert, pour qu’il aille affronter l’Adversaire. Ces tentations du désert seront celles qu’il rencontrera tout au long de sa vie : tenté par les foules qui veulent le faire roi, tenté quand les gens qui lui réclament des miracles, tenté par Pierre qui le presse de renoncer à la folie de la croix, tenté par ses adversaires qui l’invite à descendre de la croix.

Jésus au désertLe projet de Satan se révèle surtout dans la troisième tentation, qui résume toutes les autres et que Jésus repousse de façon radicale. C'est la tentation de l’argent et du pouvoir : «Le démon l’emmène sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde... <Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer>» (Mt 4, 10) Tout au long de sa vie publique, Jésus a toujours refusé le pouvoir. Il ne faut pas oublier que les évangélistes écrivent au moment où la Palestine est occupée par l'Empire romain, la super-puissance du temps, qui attribue à ses empereurs un pouvoir divin. Les évangiles nous révèlent que le pouvoir oppresseur est diabolique. Le pouvoir isole, rend arrogant et implacable, alors que Jésus parle de communion et de service.

Jésus refuse de dominer les autres. «Le Fils de l'homme est venu, non pas pour être servi, mais pour servir et donner sa vie...» Toute sa vie fut un service. Il fut l’homme pour les autres. Jésus a multiplié les pains pour les autres; il a fait des gestes de guérison pour les autres; il a libéré la femme adultère de ses accusateurs; réintégré les lépreux à leur famille et à leur communauté; mangé avec les publicains et les pécheurs, redonné un sens à la vie de Marie Madeleine et de Zachée.

Dans le texte des tentations, Matthieu présente Jésus comme le fils obéissant du Père : «Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma confiance». Contrairement à Adam et Ève, Jésus, le nouvel Adam a vaincu toutes les tentations pour faire la volonté de son Père. «Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel».

Satan essaie de détourner Jésus de sa vocation de fils aimé du Père : «Si tu es le Fils de Dieu!». La tentation la plus grave du baptisé, c'est d’abdiquer son titre de fils ou de fille de Dieu, de ne plus avoir confiance en lui, de vouloir se passer de lui. Le péché, c’est d’abandonner la maison paternelle, comme le fit l’enfant prodigue, pour chercher le bonheur ailleurs, loin de Dieu, comme ont voulu le faire Adam et Ève qui mirent en doute l’amour de Dieu pour eux et cherchèrent à se débarrasser de lui. C’est alors qu’ils découvrirent «qu’ils étaient nus», c'est-à-dire fragiles, vulnérables, laissés à eux-mêmes et voués à la mort.

Aujourd’hui plus que jamais, l’adversaire de Dieu attaque le croyant dans sa qualité de croyant, en le persuadant qu’il suffit de se contenter des nourritures terrestres : le sport, les études, la carrière, l’argent, le pouvoir. Face à cette recherche de liberté absolue et d’autonomie totale, le Christ nous rappelle que ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre... mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

«Le Fils de l'homme est venu, non pas pour être servi, mais pour servir et donner sa vie...»

 

Source des images: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.