Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jean 2, 13-22
Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes: «Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.» Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture: L’amour de ta maison fera mon tourment.
Les Juifs l’interpellèrent: «Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais ici?» Jésus leur répondit «Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai.» Les Juifs lui répliquèrent: «Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais!»
Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps. Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela; ils crurent aux prophéties de l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

L’ensemble de la vie de Marie-Anne est un témoignage de l’évolution la plus extraordinaire que nous avons connue depuis la première nuit des temps. En effet, il y a eu plus d’évolution dans la dernière partie du XXe siècle que durant les dix-neuf premiers siècles de notre ère.
Par exemple, au niveau religieux, durant son enfance, Marie-Anne a connu la messe en latin et l’obligation d’être à jeun depuis minuit pour pouvoir communier. Aujourd’hui, la messe est dans la langue du peuple, face au peuple et le jeûne eucharistique se réduit à une heure.
Au niveau politique, durant sa jeunesse, comme toutes les femmes de cette époque, elle n’avait pas le droit de vote. Aujourd’hui, plusieurs femmes sont députés voire ministres. La plus grande évolution se situe au niveau social et culturel : du cheval, nous sommes passés à l’auto, du train ou du bateau à voile, nous sommes passés à l’avion à la fusée et au monde de la recherche scientifique sur les autres planètes. Du fanal, nous sommes passés à l’électricité et ses mille commodités. Du journal et des lenteurs de la poste, nous sommes passés à la télévision, à l’électronique, à l’ordinateur et à l’internet.
De l’unanimité catholique, nous sommes passés au pluralisme religieux, à la désertion des églises, d’une société patriarcale dominée par les hommes, nous sommes passés à l’émergence du féminisme et à la revendication de l’équité salariale. D’une économie de subsistance, nous sommes passés à la mondialisation des marchés. Puis sont arrivés l’éclatement des valeurs traditionnelles, les accommodements raisonnables, l’explosion des familles, la baisse de la natalité, la dégradation de l’environnement, les progrès médicaux puis l’apparition de nouvelles maladies. Bref, la planète est devenue un unique grand village.
Tout ceci fait qu’il n’est pas facile pour les gens de quatre vingts ans et plus de rester pleinement épanouis : il y a les souffrances physiques, le départ vers le ciel des amis et des gens avec qui ils ont relevé les défis les plus importants de leur vie, les préoccupations de leurs journées quotidiennes que la vie a banalisées et les successeurs qui gèrent avec trop de facilité les obstacles matériels des années passées.
Nous sommes redevables à la génération de Marie-Anne. Un jour Pie X, devenu cardinal, rend visite à sa vieille mère. Celle-ci lui demande de revêtir ses plus beaux atours puis voyant sa grosse bague ronflante de cardinal, elle lui montre la petite alliance tout usée de son mariage en lui disant : « Mon fils, n’oublie jamais que tu ne porterais pas ta belle bague si je n’avais pas porté celle-ci avant toi ». Cette image vaut bien des discours.
Notons encore qu’au cœur de toute évolution humaine, une vérité demeure. Que nous soyons nés en 1200, en 1700, en 1900 ou en 2010, notre vie est un passage vers Dieu par le Christ ressuscité. « Dieu a tant aimé le monde, qu’il nous a envoyé son fils pour nous sauver et nous donner accès à la vie éternelle ». (Jn, 3 :16-17) Ce discours, Marie-Anne l’a appris durant son enfance et elle y a cru toute sa vie. Le courage de nos grands-parents trouve sa source dans la foi en Jésus-Christ. Des études auprès des jeunes d’aujourd’hui nous permettent de constater l’admiration que ceux-ci portent à leurs grands-parents : « J’admire la foi de ma grand-mère, disent plusieurs jeunes, mais je ne suis pas capable d’acheter leur monde de sacrifices ».
Profitons de cette célébration pour redire à Dieu notre admiration et notre affection pour Marie-Anne. Venons puiser à sa source de vie intérieure par cette eucharistie. Profitons de ce cœur à cœur avec Dieu pour lui confier nos défis et nos espérances, fort du courage et de la détermination de notre amie Marie-Anne qui ne nous a pas abandonnés, mais qui, du haut du ciel, continue de veiller sur nous.