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Réflexion sur l'évangile des funérailles d'un adolescent

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Luc 1, 39-56

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle.

Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : «Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.»

Marie dit alors: «Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles; Saint est son nom! Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race à jamais.»

 

Funérailles d'un adolescent

photo de Gilles Baril


Le pommier au coeur des bouleaux

 

Un pommier est planté à travers une talle de bouleaux. Il se compare et se déprécie : il n’est pas comme les autres. Lui a un tronc grossier et les bouleaux un tronc blanc et lisse. Lui a des racines revêches et tordues alors que les bouleaux ont des racines sous terre. Alors il décide de devenir comme les autres. Il arrache son tronc et il coupe ses racines. “Me voilà comme les autres” mais, il a oublié que lui à l’automne produirait des fruits grâce à ses racines et à son tronc qui lui permettait de conserver davantage sa sève et ses énergies.

Son problème :

    1- il se compare
    2- il ignore qu’il existe d’autres arbres que les bouleaux et même d’autres pommiers
    Tout ceci l’a empêché de prendre conscience de ses richesses personnelles :
    les pommes qui sont nourriture pour les autres.
    On vit dans une société qui nous invite constamment à performer :
    il faut devenir le meilleur, sinon on a l’impression qu’on ne vaut rien.
    Et donc on se dévalorise.
    Alors l’autre devient un rival.

La VisitationTrois moyens pour se protéger :

    - on ne révèle rien de ce que nous sommes : pas question que les autres connaissent nos points faibles.
    - on écrase les autres pour se donner l’illusion d’être meilleur. (violence)
    - on s’étourdit dans des bonheurs artificiels.

Tout ceci amène la solitude et l’angoisse désespérante. Même en gang, on peut ressentir un vide intérieur qui nous désespère de nous-mêmes.

Et c’est là que se développe la peur de la vie tout en faisant miroiter la libération par la mort. Chacun de nous vit des heures sombres et il ne faut pas déposer les armes à la moindre défaillance : la vie reste un combat, un défi, un idéal à se donner et à retrouver.

Si je reviens à mon image de l’arbre, je sais qu’un arbre pour vivre a besoin de soleil, de pluie, de terre, du jour et de la nuit. Ça lui prend des racines pour laisser monter la sève, une écorce pour se protéger des intempéries, puis il a besoin d’autres arbres autour de lui, des arbres comme lui et des arbres différents de lui.

L’arbre a aussi besoin des quatre saisons pour produire et se reposer. Un arbre a aussi parfois besoin de tuteurs (lorsqu’il est trop petit ou lorsqu’une tempête l’a fragilisé).

Tout ceci nous ressemble : on a besoin les uns des autres et on a tous la responsabilité de répondre à nos propres besoins. Nourrir aujourd’hui des “si j’avais su” des “j’aurais donc dû” ne mènent nulle part. Il n’y a pas de coupable, il y a juste des victimes du système social.

Je retiens encore deux choses :

Nos racines comme arbre de vie ont leurs sources dans le sacrement du baptême. Maxime a été planté dans le jardin de Dieu le jour de son baptême. Dieu l’a déjà accueilli avec empressement dans sa Maison, car Dieu connaît le coeur et les tribulations intérieures de chacun de ses enfants. Dieu ne juge pas : il offre son aide (ce qu’on ne reconnaît pas toujours) puis en raison de l’Amour inconditionnel qu’il nous porte, il nous accueille. Je suis convaincu que Maxime voit aujourd’hui nos réalités de vie de façon différente de ce qu’il en savait le jour de son décès : il est entré dans le mystère de Dieu.

Honorer sa mémoire

C’est s’appliquer à donner de l’idéal à nos vies. C’est ne pas entretenir des sentiments de culpabilité qui finissent par nous briser le coeur de façon inutile, ce n’est pas non plus répéter les gestes de désespoir qui l’habitait ses dernières semaines.

Je vous parlais d’un pommier dans une plantation de bouleaux : le pommier produit des pommes ; n’importe qui peut dire combien il y a de pépins dans une pomme, mais personne ne peut dire combien de pommes se cachent dans un pépin qui deviendrait pommier – personne ne peut savoir tout le bien qu’on fait aux autres quand on fait du bien.

Une pomme non coupée en quartiers, mais coupée en deux : produis une étoile. J’aime à croire que quelqu’un qui meurt sur la terre, c’est une étoile qui naît au ciel.

L’étoile qu’est Maxime brille de quels éclats?

Qu’est-ce qu’on voudrait lui dire aujourd’hui de notre affection qu’on n’a pas pu lui dire. Comment a-t-il mis de la Lumière dans nos vies et pour laquelle on n’a pas pu le remercier?

Demain, c’est son anniversaire de naissance, prenons le temps de façon personnelle ou encore mieux entre parents et/ou amis de nous souvenir de lui, de nous dire les uns les autres toutes les belles réalités qui le concerne et qu’on n’a pas pu encore nommer, disons-lui nos espérances maintenant qu’il est entré dans la Lumière de Dieu.

C’est ainsi qu’on permettra à son étoile de vie de briller de tous ses éclats dans le ciel. Ne réduisons pas notre souvenir de lui à ces cris de désespérance qui ne nous ont pas permis de saisir la tragédie intérieure qui l’habitait ces derniers temps. Ne prenons pas la route des moyens artificiels qui ne font que nous rendre esclaves de la société de consommation que nous décrions présentement face à la mort tragique de Maxime.

Donnons-nous plutôt le langage du coeur qui faisait dire à Jerry Boulet : “Aujourd’hui je vois la vie avec les yeux du coeur”. Un langage qui se veut discret, non verbal, sans règle de grammaire, mais aussi un langage qui nous permet de nous reconnaître fragiles et vulnérables. Un langage qui se traduit dans le pardon et la force des recommencements. Demandons pardon à Maxime de ne pas l’avoir compris. Pardonnons-lui le mal à l’âme qu’il nous fait présentement et faisons-lui le cadeau maintenant qu’il est près de Dieu de lui demander son aide pour redonner de la vigueur à nos idéaux personnels. Demandons-lui de nous aider à comprendre que notre vie ne doit jamais se réduire à la pauvre connaissance limitée que nous en avons présentement, qu’il nous aide à mordre dans la vie, là où lui a faibli.

Donnons-lui la mission de devenir notre force intérieure et de nous aider à trouver les sources intérieures qui font en sorte que rien ne nous écrase en semant en nous la certitude que le meilleur reste toujours à venir. Voilà où se trouve la vraie foi en Jésus-Ressuscité. Voilà le plus beau cadeau d’anniversaire à faire à Maxime.