Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara: «Non, il s'appellera Jean.» On lui répondit: «Personne dans ta famille ne porte ce nom-là!» On demandait par signes au père comment il voulait l'appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit: «Son nom est Jean.» Et tout le monde en fut étonné.
À l'instant même sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia: il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient: «Que sera donc cet enfant?» En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L'enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il devait être manifesté à Israël.

La mort est une voleuse impardonnable. Il n’est pas normal
que des enfants meurent avant leurs parents, surtout quand
ils sont pleins de vie et de promesses comme Anthony.
Vous souffrez et vous avez raison. Vous avez la tête pleine de « Pourquoi » et c’est normal. Comment vais-je recomposer ma vie? (Ce n’est pas pour Anthony qu’on s’inquiète, c’est pour nous-mêmes).
Aujourd’hui on ne célèbre pas la mort; on célèbre la vie; la
vie humaine et la vie éternelle reçues au baptême.
La pire épreuve que j’ai connue comme prêtre a été de faire les funérailles d’un enfant de 11 mois que la mère dans un état de folie dépressive a assassiné. Plein de questions sans réponses. Mon mouvement le plus intelligent fut de me mettre en silence devant Dieu : « Il est bon d’attendre en silence le secours du Seigneur »
C’est alors que j’ai saisi qu’il ne faut plus regarder Anthony comme un enfant qui a tout à apprendre de la vie, il faut le voir aujourd’hui comme quelqu’un pour qui la vie n’a plus aucun mystère. D’élève à l’école de la vie, il est devenu notre meilleur professeur dans l’apprentissage de l’essentiel, car du haut du ciel, il veille sur nous. Il continuera toujours de s’intéresser à notre destinée humaine.
Certaines personnes ont pour mission de traverser nos vies. Elles ne font que passer. On dirait que ces gens-là arrivent dans nos existences justes pour nous offrir quelque chose : un don, une bénédiction, une leçon de vie qui servira plus tard. Ensuite ces personnes sont libres de partir. Elles n’ont pas besoin de traîner en vieillesse parce qu’elles sont plus avancées que les autres. Ces gens ont une âme. Une âme de solidarité avec l’éternité. La solidarité qui consiste à s’occuper de l’autre un certain temps avant de passer le flambeau à quelqu’un d’autre et ainsi de suite…
Ces gens de passage, ce flot de personnes qui se succèdent pour alimenter nos vies ressemblent à un fleuve alimenté par diverses rivières et divers ruisseaux. Jamais la vie ne s’arrête.
Permettez-moi de citer une mère devant le décès de son enfant de 4 ans, des suites d’un cancer : « Son plus grand désir était que l'on continue de l’aimer même après sa mort » témoigne-t-elle dans un écrit en hommage à sa fillette.
Anthony nous a quittés, mais son amour pour lui reste présent. Il faut continuer de se parler de lui, de l’importance qu’il avait à nos yeux. Il ne faut surtout pas nous laisser envahir par des sentiments de culpabilité qui prennent racine en nous à partir des mots : « J’aurais donc dû… »
Ce qui est triste, ce n’est pas de partir vers Dieu, mais c’est pour ceux qui restent sur le quai. Il nous faut nous soutenir les uns les autres, développer des solidarités qui consistent parfois juste à être là, présent l’un à l’autre. Devant un tropplein d’émotions, c’est « une bonne chose que d’attendre en silence les secours du Seigneur, car ses bontés ne sont jamais épuisées. »
« Ressusciter, c’est pouvoir à tout moment allumer un nouveau matin ! » Nous nous questionnons : comment nous aussi allumer des nouveaux matins? »
Charles de Foucauld y répond :
« Soyons tendres comme Jésus, aimants comme Lui.
Consolons, comme Lui les affligés, et d’abord ceux
qu’il a mis lui-même plus près de nous dans la vie et
ceux qui ont le plus besoin de consolation...
Soyons des frères aimants pour les affligés... et pour, surtout
pour ceux dont il nous a spécialement chargés…
Puisque Jésus daigne nous appeler ses frères,
montrons-nous vraiment ses frères en l’aimant, en lui
tenant compagnie, par une imitation et une
contemplation continuelle… »