Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n'en restera pas pierre sur pierre: tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : <C'est moi>, ou encore : <Le moment est tout proche>. Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. »
Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel. »
« Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. »
« Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage. Mettez-vous dans la tête que vous n'avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d'entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »

Pour bien comprendre ce texte d’évangile, il m’apparaît important de rappeler quelques notions de l’histoire :
1- Le temple de Jérusalem pour le peuple juif est la maison réelle de Dieu sur terre. Ailleurs, il n’y a pas de temple, mais des synagogues, c'est-à-dire des écoles de la foi pour les rassemblements du jour du sabbat (origine des "Sunday School"). Il est inimaginable pour un Juif que Dieu laisse détruire sa maison sur terre (le temple de Jérusalem).Pourtant ce temple sera détruit en l’an 70 par les Romains qui veulent donner une leçon aux Juifs étant donné que ceux-ci sont toujours en train de fomenter des révoltes contre l’empire.
2- Dès l’an 44, en Israël, les chrétiens sont persécutés et martyrisés. Il y a même une loi qui oblige à dénoncer les chrétiens auprès des membres du sanhédrin. Si une personne n’a pas dénoncé son frère, sa soeur, son père ou sa mère ou son fils et sa fille comme chrétien, cette personne risque le martyr pour avoir protégé des chrétiens.
3- L’évangile de Luc est écrit en 80 : donc ça fait 40 ans que les chrétiens sont persécutés et ça fait 10 ans que le temple de Jérusalem est détruit.
Relisons maintenant l’évangile d’aujourd’hui :
- Viendront des jours où il n’y aura plus pierre sur pierre : c’est vrai
- Beaucoup viendront en mon nom (comme étant le
Messie libérateur des Romains) :
c’est vrai
- On vous persécutera même dans vos familles : c’est vrai
Relisons maintenant les deux premières phrases : certains disciples parlaient du temple admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Alors, constatons qu’il est question dans ce texte de la destruction du temple de Jérusalem et non de la fin du monde.
L’essentiel à retenir est cette invitation du Christ à persévérer sur les chemins de la foi. Notre foi est un héritage reçu de nos devanciers sur les pas de Dieu. Pour demeurer digne de nos ancêtres dans la foi, il faut parfois se faire violence nous-mêmes : de l’amour du pouvoir et de la richesse matérielle, cultivons le pouvoir de l’amour en nous laissant à notre tour interpeller par le Christ :
- « Cela vous donnera l’occasion de porter témoignage » : un vrai chrétien ne vit pas dans l’oisiveté (2e lecture de ce jour). Il se tient debout surtout face à l’adversité. Quand on a vaincu nos limites et nos peurs, on réalise que Dieu est notre force, on ne peut plus être triste et abattu comme ceux qui n’ont pas d’espérance.
- « Ne vous souciez pas de votre défense » : nous n’avons pas à défendre l’Église, nous avons à l’adapter aux discours de la société de notre temps. Nous avons à parler d’amour et de dépassement par amour là où on ne parle que de recherches de bonheurs éphémères centrés sur l’égo.
- « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » : n’enfermons pas l’évangile sur la connaissance que nous en possédons présentement. Dieu n’a jamais dit son dernier mot et il fait toujours jaillir du neuf là où on semble confiné à un cul-de-sac. Persévérons dans nos engagements avec une garantie qui est une promesse du Christ lui-même : « Jamais Dieu ne nous fera défaut. Pour qui fait un pas pour lui, il en fait dix ». L’avenir appartient à qui sait espérer. Cessons de croire que nous sommes la dernière génération de chrétiens, comme l’a cru chaque génération pour toutes sortes de bonnes raisons depuis les apôtres qui se voyaient tous voués au martyr. Dieu ne cessera jamais de nous étonner. Vivre notre foi, c’est vivre dans l’espérance et la confiance.
Un jour on avait demandé aux élèves de la classe du jeune Louis de Gonzague : « Que feriez-vous si on vous disait comme une certitude que la fin du monde arrive dans quelques heures ? La plupart des jeunes disaient : « J’irais me confesser, j’irais prier à l’église, … » J’ai posé la même question à des jeunes il y a quelque temps. Ils m’ont répondu : « J’en profiterais pour faire ce qui est défendu ». Louis de Gonzague répond : « Je continuerais simplement de faire ce que je fais chaque jour ». Voilà la meilleure façon de nous préparer à la rencontre du Christ-Ressuscité : tout faire comme si le Christ était déjà là avec nous, d’ailleurs n’est-ce pas ça notre réalité de baptisé : être avec le Christ chaque minute de notre vie.