Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Des sadducéens — ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de résurrection — vinrent trouver Jésus, et ils l'interrogèrent : «Maître, Moïse nous a donné cette loi: Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu'il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère.
«Or, il y avait sept frères: le premier se maria et mourut sans enfant; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept: ils moururent sans laisser d'enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l'épouse, puisque les sept l'ont eue pour femme ?»
Jésus répond: «Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir: ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection.
«Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur: <le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob>. Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants; tous vivent en effet pour lui.»

Il existait à l’époque de Jésus deux partis religieux comme les partis politiques d’aujourd’hui qui étaient constamment en confrontation sur leurs visions des réalités spirituelles : les pharisiens et les sadducéens. N’oublions pas qu’à cette époque, la religion et la politique sont une même réalité. Ce sont les prêtres et le grand-prêtre (le sanhédrin) qui mènent le pays… quoique celui-ci soit sous la domination de l’empereur de Rome.
Les pharisiens croient à la résurrection. Ce concept est né du fait que déjà dans l’Ancien Testament des gens sont martyrisés pour demeurer fidèles à Dieu – c’est le cas des sept frères Macchabées dans la première lecture. Il n’est pas normal que nous ayons oeuvré et souffert pour Dieu sans que celui-ci nous donne la gloire éternelle. Les sadducéens ne croient pas à la résurrection ni à l’au-delà.
Il y a un aspect intéressant pour Jésus dans ces oppositions sur la foi. La plupart du temps, quand on lui tend un piège pour le prendre en défaut sur sa doctrine, il provoque une discussion sur la résurrection puis les pharisiens et les sadducéens deviennent tellement enflammés dans leurs discussions qu’ils finissent toujours par oublier sa présence… et lui, il poursuit simplement son chemin.
Une autre réalité à mentionner pour comprendre l’évangile
d’aujourd’hui est qu’il y a obligation chez les Juifs de se
marier et d’avoir des enfants parce qu’on attend le Messie et
on ne sait pas qui Dieu a choisi pour être les parents du
Sauveur. Dans cette perspective, se marier et ne pas avoir
d’enfants, c’est être jugé indigne de Dieu. C’est ainsi
qu’Élisabeth et Zacharie de même qu’Anne et Joachim sont
victimes des préjugés de leurs concitoyens avant de
concevoir de part et d’autre un enfant dans leurs vieillesses.
Notons qu’on est vieux à quarante ans à cette époque. Les
gens se marient autour de 14-16 ans pour les filles et 16-20
ans pour les gars et l’extrême vieillesse consiste à atteindre
50 ans et plus.
La question d’aujourd’hui qui est posée à Jésus est : « Qu’est ce que le ciel? » Jésus répond en disant qu’il est impossible de comprendre sans aucune marge d’erreur ce qu’est le ciel, car celui-ci dépasse notre entendement. Par exemple, le foetus ne peut pas saisir avec précision le vécu quotidien sur terre. De la même façon, on ne peut pas saisir les réalités célestes. Ça demeure de l’ordre du mystère comme l’essence même de Dieu.
Ceci étant dit, on peut quand même avoir quelques certitudes sur le ciel, lesquelles s’appuient sur la résurrection du Christ :
1- On vit dans la plénitude de l’Amour et de la Lumière, comme lorsqu’on éteint la lampe de la nuit pour laisser place à la lumière du jour qui se lève.
2- Le ciel est plus qu’une survie : on y vit en plénitude dans un état de bonheur permanent. On ne vit pas dans l’attente de quoi que ce soit. Tout est réalité de bonheur.
3- On entre au ciel comme on entre dans notre demeure personnelle : on y est accueilli par tous ceux qu’on a connus et aimés. C’est la fête des enfants de Dieu.
4- On arrive au ciel les mains riches des réalisations de bonheur qu’on a construit pour les autres durant notre vie terrestre.
5- On continue de s’intéresser à ceux qui nous survivent sur la terre sans souffrir de leurs absences. J’aime à dire, on vit « le déjà là et le pas encore ».