Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus traversait la ville de Jéricho. Or, il y avait un homme du nom de Zachée; il était le chef des collecteurs d'impôts, et c'était quelqu'un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n'y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l'interpella: «Zachée, descends vite: aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi.» Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient: «II est allé loger chez un pécheur.» Mais Zachée, s'avançant, dit au Seigneur: «Voilà, Seigneur: je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus.»
Alors Jésus dit à son sujet: «Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.»

Zachée demeure parmi les personnages bibliques les plus populaires chez les enfants : parce qu’il est de petite taille et qu’il grimpe dans un arbre. Mais qui est-il vraiment? Un collecteur des impôts romains, donc un associé avec l’oppresseur, un voleur, car il prend l’argent de ses concitoyens pour la remettre à l’envahisseur, et cela au nom de la loi romaine.
Sa position est bien fragile : il est perçu par les Romains comme un notable important puis il est perçu par ses concitoyens comme un traître à la nation. Comment se perçoit-il lui-même? Il n’est pas heureux : il se sait rejeté par les siens et il est conscient que pour les Romains, il n’est qu’un instrument parmi d’autres. Il n’est pas confortable dans sa vie ni dans sa position sociale. Il a vite découvert que l’argent ne fait pas le véritable bonheur : il étourdit, il engourdit, mais il laisse le coeur sec.
Zachée vit avec un vide intérieur à combler. Au coeur de
cette détresse du coeur, il désire une vie en harmonie…
Voilà ce qui le fait grimper dans un arbre quand il apprend
le passage de Jésus. Il prend le risque de se faire ridiculiser
publiquement… de toute façon, n’étant pas bien avec luimême,
ce risque en vaut le coup. Il est déjà malheureux.
Surprise : Jésus le voit et lui dit : « Descends vite, il faut que j’aille demeurer chez toi ». Il ne le juge pas. Il comprend les souffrances de Zachée et il s’invite chez lui. Il donne plus que ce que Zachée pouvait se permettre d’espérer. Zachée se sent grandir : il est reconnu, il existe pour Dieu. Le salut prôné par le Christ est aussi pour lui.
L’amour appelle l’amour. Le don provoque le don. Zachée trouve dans cet accueil de Jésus le courage nécessaire pour faire le ménage dans sa vie, pour y mettre de la Lumière. Plus rien ne sera jamais pareil. Il se sait aimé et il peut aimer à son tour : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus ». Il veut partager cette richesse intérieure que Dieu est venu déposer dans son coeur. On gagne toujours à faire du bien aux autres et on ne sait pas tout le bien qu’on fait quand on fait du bien.
Ce salut apporté par Jésus à Zachée est toujours actuel : il y a encore beaucoup d’exclus et des gens qui souffrent dans leur coeur autour de nous : des personnes qui cherchent désespérément un signe (même si ça ne parait pas) pour revenir à la communauté. Je ressens cette réalité particulièrement en accompagnant des gens qui demandent le baptême, le mariage et surtout avec les familles aux prises avec un deuil écrasant. Souvent je me fais dire : « J’ai souvent entendu parler du Christ et de l’Évangile, mais je réalise que je n’en connais rien. Un jeune m’a déjà dit : « J’ai mangé un claque quand j’ai réalisé que je ne pratiquais aucun commandement de Dieu, même pas le « aime ton prochain comme toi-même ». À date, ma vie n’était qu’un pur égoïste nourri dans les émotions et la recherche du sensationnel. Je n’ai pas de vrais amis : j’ai bien du monde autour de moi pour m’étourdir, mais je prends conscience que là n’est pas le bonheur, … » Depuis cette prise de conscience, ce gars-là est devenu un apôtre du Christ fort impressionnant. Bravo à ce Zachée du XXIe siècle. Il n’est pas un cas isolé.
Ceci m’amène à souligner l’importance de l’écoute et de l’accueil inconditionnel pour amener des gens vers le Christ. Cet évangile nous interpelle également sur notre préoccupation des absents de nos rassemblements de prières. Pourquoi sont-ils absents? Par manque de conviction ou par ignorance. Par recherche de la facilité et du spontané qui ne mène pas au vrai bonheur. Par peur d’être jugé parce qu’ils sont conscients que leur façon de vivre n’est pas conforme aux enseignements de l’Église. Parce qu’ils ne se sentent pas importants pour l’Église. Parce qu’ils n’ont jamais rencontré sur leur route quelqu’un de vraiment habité par Dieu. Parce…
N’oublions pas qu’il nous faut être chrétiens et agir en chrétien partout. Même quand je vais me chercher du "Fast Food" chez McDonald, les gens reconnaissent en moi le curé que je suis. Un jour, j’arrive là pour me commander mon dîner et un paroissien s’exclame : « Le Bon Dieu est rendu ici ». Tout le monde a reculé d’un pied ou deux comme si j’avais la peste. Heureusement cette réaction spontanée a été vite réparée par les conversations qui ont suivi… Demeurons fiers d’être chrétiens et d’agir en chrétiens dans les gestes simples du quotidien. Il y a là des semences dont on ne mesurera jamais la pleine valeur, car « Dieu fait toujours au delà de tout ce qu’on peut imaginer » (Éphésiens 3 :20)