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Réflexion sur l'évangile du 29e dimanche ordinaire, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Lc 18, 1-8

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager: « Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander: <Rends-moi justice contre mon adversaire.> Longtemps il refusa; puis il se dit: <Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m'ennuyer: je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.> » 

Le Seigneur ajouta: « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit? Est-ce qu’il les fait attendre? Je vous le déclare: sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre?

 

29e dimanche ordinaire - C

photo de Gilles Baril


Une foi qui bâtit l'Église

 

« Le Fils de l’homme, quand il reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre? »

Question fondamentale… Notons qu’il existe différentes sortes de foi :

vitrail  - main tendue vers le Seigneur- la foi de ceux qui ne font rien et qui se donnent des prétextes :

  • le curé est plate
  • y a rien que le dimanche pour dormir
  • les prêtres sont tous des agresseurs sexuels

- la foi de ceux qui jugent les autres :

  • Y vont à l’église juste pour se faire remarquer…

- la foi du paraître :

  • Qu’est-ce qui vont dire?
  • je participe pour agrandir mon chiffre d’affaires

- la foi du « au cas où » :

  • je fais baptiser au cas où ça serait bon…
La foi que Jésus recherche est persévérance malgré les obstacles.

- la foi du quémandeux ou du général :

  • « Je veux ça comme ça et tout de suite »

- la foi du chercheur de signes :

  • « Donne-moi un signe… Était-ce par hasard… donne-moi un autre signe… »
    Finalement on en sort plus…

- la foi des spectacles de variétés comme les cartomanciennes et les diseuses de bonne aventure par les cartes ou la boule de cristal… Voilà des petits tours d’adresse qui n’élèvent pas l’esprit au-delà du matériel… ce qui finit par chosifier le spirituel.

Ces sortes de foi ne mènent pas loin… La foi que Jésus recherche est persévérance malgré les obstacles. Elle est confiance inébranlable en Dieu. Elle consiste à dire ; « Que ta volonté soit faite. » Ou encore : « non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Ce genre de foi est une invitation à ne pas donner que son superflu à Dieu et aux autres. Elle fait de nous des gens qui laissent passer la Lumière comme disait un enfant qui venait de visiter une église avec des vitraux qui présentaient la vie de quelques saints sous un soleil éblouissant.

Voyons en ce sens deux témoins de notre Église du Québec qui nous invite à laisser passer la Lumière par nos vies :

  • Homélie - assemblée eucharistiqueMère Marguerite d’Youville
      (Première femme canonisée née au Québec)
  • Elle marie un homme égoïste, volage, qui fait la traite des esclaves et le trafic des fourrures et de l’alcool… et qui la laisse veuve après huit ans de mariage avec une mauvaise réputation et de multiples dettes.
    Marguerite loue une maison à Montréal et s’associe à d’autres femmes dans le besoin pour s’entraider à survivre par une vie en commun grâce à divers travaux d’artisanat…
    Toujours à la veille de manquer de tout, elles ne manquent jamais de l’essentiel. Mgr Bourget finit par les inviter à accueillir des pauvres, ce qu’elles font de bon coeur… et ce qui deviendra une communauté nouvelle… qui sera nommée : Les Soeurs Grises, parce qu’on pense que Marguerite les fait boire, car il semble à tous qu’il est impossible d’être aussi épanoui avec si peu. On dit partout : « Allez chez les Soeurs Grises, elles ne refusent jamais d’aider les autres »
    Elles accueillent les enfants abandonnés, les malades et les pauvres, les prisonniers de guerre, … Elles prennent en charge l’hôpital général en ruine de Montréal. Tout ce qui peut faire du bien aux autres, elles acceptent de s’en rendre responsables.

  • Le frère André
  • Orphelin, sans instruction, sans santé, on l’accueille par charité parce qu’il est pieux. Il dira : « On m’a mis à la porte et j’y suis resté toute ma vie. » Homme d’une grande simplicité et d’un accueil exceptionnel, il a fait beaucoup de bien par son écoute et son empathie. En voyant un malade, il disait spontanément : « Vous allez guérir parce que vous ne pouvez pas porter dignement cette épreuve que Dieu vous a donnée » ou bien « Vous ne guérirez pas, car Dieu vous a choisi pour être un signe réel de sa présence pour notre monde actuel. »

    J’ose raconter maintenant une histoire qui va dans le même sens et qui rappelle ce que Dieu souhaite d’une personne engagée à son service :

      Un jour, une bonne vieille vache rodait tout près de l’étable des porcs lorsque l’un d’eux l’interpella tristement :
      - Dis-moi, soeur vache, pourquoi nos maîtres humains ne nous traitent-ils pas de la même façon, toi et moi? Je suis ne suis pas jaloux de ton sort, mais il me semble que tu es plus favorisée.
      - Je ne sais pas ce que tu veux dire, frère cochon, répliqua la vache surprise de la question. Pourtant, toi et moi avons une place dans l’étable, nous sommes tous deux grassement nourris, entretenus. Il me semble que nous jouissons des mêmes privilèges.
      - Matériellement peut-être, grogna sourdement le porc. Mais si tu savais la réputation que nous avons. Quand les gens se promènent à la campagne, ils admirent le "beau troupeau de vaches", mais ils ne viennent jamais à la "porcherie". Pire que ça, lorsqu’ils font ce qu’ils appellent dans leur langage de "vacherie", immédiatement ils les qualifient de "cochonneries" faites par des "têtes de lard". Et si l’un d’eux n’entretient pas sa maison, on dire : « c’est une vraie soue à cochons ».
      - C’est vrai! Mais peut-être pensent-ils davantage à tous ces produits que nous leur donnons : lait, crème, yogourt, beurre, fromage et autres qu’ils retrouvent sur leur table quotidiennement. Nous sommes pour eux littéralement des "vaches à lait"!
      - Et nous, donc! Crois-tu que les humains lèvent le nez sur un cochon lorsqu’ils retrouvent dans leur assiette sous forme de rôti de lard, de jambon à l’érable, de bacon, de creton, de graisse de rôti, de saucisse, et mêmes sous une forme de lard salé portant un nom très chrétien. Non, les humains sont vraiment très ingrats envers nous!
      La vache songeuse reprit à ruminer sagement. Soudain son esprit bête s’illumina et elle risqua à frère cochon cette explication plausible :
      - C’est peut-être parce que nous les vaches, nous faisons nos dons "de notre vivant".

     

    Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.; Vitrail main tendue vers le Seigneur, couverture du livre de R.Gauthier: Prier les psaumes avec le Christ.