Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent: «Jésus, maître, prends pitié de nous.» En les voyant, Jésus leur dit: «Allez vous montrer aux prêtres.»
En cours de route, ils furent purifiés. L’un d'eux, voyant qu'il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus demanda: « Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés? Et les neuf autres, où sont-ils? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu; il n’y a que cet étranger! » Jésus lui dit: « Relève-toi et va: ta foi t’a sauvé. »

Dix lépreux sont guéris, un seul revient remercier. Où sont les neuf autres? Ils suivent la consigne de Jésus et ils sont partis se montrer aux prêtres. En effet pour réintégrer la société après une exclusion, ça prend une autorisation d’un prêtre. Quand Jésus envoie les lépreux vers un prêtre, il leur signifie leur guérison. Ceci ne vaut pas pour le samaritain : il n’est pas obligé d’obéir à la loi juive. C’est ainsi qu’après avoir constaté sa guérison, il revient vers le Christ. Rien n’indique ce qu’il est advenu des neuf Juifs guéris : sont-ils venus remercier Jésus ou non? La bible ne le précise pas.
Une réalité intéressante à vérifier à partir de cette page d’évangile est notre capacité personnelle à remercier. Savons-nous reconnaître le bien dont nous bénéficions par les autres? Savons-nous louer Dieu pour notre qualité de vie? La reconnaissance est un art qui nécessite un apprentissage, celui de l’émerveillement… Et ceci devrait débuter dès l’enfance. La première prière qui jaillit des lèvres d’un enfant est dans l’ordre de la louange à Dieu : merci pour papa, merci pour maman, merci pour le beau soleil d’aujourd’hui, etc. On apprend aux enfants à remercier, mais leur permet-on de découvrir la joie d’être remercié pour les services qu’ils nous rendent selon leurs capacités.
Je me souviens d’une catéchèse préparatoire à la première
communion que je vivais avec une vingtaine d’enfants.
Quand je leur ai demandé de me dire honnêtement si depuis
le matin, ils avaient eu l’occasion de dire merci à quelqu’un
pour quelque chose, les réponses pleuvaient… quand je leur
ai demandé si quelqu’un les avait remerciés pour une raison
quelconque depuis le matin : la sécheresse. Personne ne
s’était fait remercier. Pourtant plusieurs jeunes avaient
rendu service à quelqu’un… remarquez que moi-même, le
seul merci que j’avais reçu ce jour-là venait de mon auto qui
m’avait remercié d’avoir bouclé ma ceinture de sécurité.
Sommes-nous plus exigeants pour les autres que pour nous mêmes? Peut-être qu’on exige trop aussi de nous-mêmes… sommes-nous capables d’agir par pure gratuité sans rien attendre en retour. Avons-nous pris l’habitude de compliquer ce qui est simple? Quand je vous pose ces questions, je repense à Naaman dans la première lecture. Il est prêt à tout pour être guéri de sa lèpre et il est insulté quand le prophète Élisée lui suggère simplement d’aller plonger sept fois de suite dans l’eau du Jourdain.
Parfois on aime que les choses soient compliquées, ça donne
l’impression que les autres nous sont redevables pour ce
qu’on a fait pour eux, de sorte que si on a besoin d’un
service de leurs parts, ils ne pourront pas nous le refuser. On
tient tellement à notre autonomie et à notre indépendance.
Ces réalités sont nobles, mais elles ne bâtissent pas la
communauté.
Construire une communauté où il fait bon vivre fait appel au soutien mutuel, à la joie de servir, à la complicité heureuse devant les défis imposés par la société. Jean Vanier disait : « On entre en communauté pour se sanctifier, on y reste pour sanctifier les autres ». La sanctification passe toujours par l’admiration et l’émerveillement : je suis édifié par ce que je découvre sur les autres et je deviens à mon tour une source d’inspiration pour les autres. D’où l’importance d’apprendre à dire « Merci ». Remercier l’autre est un stimulant pour continuer de faire le bien ou encore une invitation subtile pour l’inciter à faire mieux ce qu’il a à faire.
Merci à chacun de vous d’être pour moi une présence qui me fait du bien. Demeurons les uns pour les autres « de la bonne odeur du Christ ». (II Co 2 :15) Faisons en sorte que ceux qui nous connaissent et qui ne connaissent pas Dieu en viennent à connaître Dieu parce qu’ils nous connaissent.