Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Les Apôtres dirent au Seigneur: « Augmente en nous la foi! » Le Seigneur répondit: « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici: " Déracine-toi et va te planter dans la mer"; il vous obéirait.
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs: "Viens vite à table"? Ne lui dira-t-il pas plutôt: "Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour." Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres? De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous: "Nous sommes des serviteurs quelconques: nous n'avons fait que notre devoir." »

Il était une fois un curé de village que tous considéraient comme un saint : lorsque les gens étaient en difficulté, ils recouraient à lui. Alors, il se retirait en un endroit particulier de la forêt, où il récitait une prière spéciale. Dieu exauçait toujours sa prière et le village était secouru.
Après sa mort, lorsque les gens étaient en difficulté, ils recouraient à son successeur, qui n’était pas un saint homme, mais il connaissait le secret de l’endroit particulier de la forêt et aussi la prière spéciale. Il priait donc ainsi : « Seigneur, vous savez que je ne suis pas un saint homme. Mais, pour sûr, vous ne refuserez pas cela à mon peuple? Alors, exaucez ma prière et venez à mon secours. » Dieu exauçait sa prière et le village était secouru.
Après la mort de cet autre, lorsque les gens étaient en
difficulté, ils recouraient à son successeur, qui connaissait la
prière spéciale, mais non l’endroit de la forêt. Il priait donc
ainsi : « Que vous importent les endroits, Seigneur? Chaque
endroit n’est-il pas sanctifié par votre présence? Alors,
exaucez ma prière et venez à mon secours. » Et encore une
fois Dieu exauçait sa prière et le village était secouru.
Mais ce prêtre aussi vint à mourir et lorsque les gens étaient en difficultés, ils recouraient à son successeur, qui ne connaissait ni la prière spéciale ni l’endroit particulier dans la forêt. Il priait donc ainsi : « Ce n’est pas la formule qui vous importe, Seigneur, mais le cri du coeur en détresse. Alors exaucez ma prière et venez à notre secours. » Et encore une fois Dieu exauçait sa prière et le village était secouru.
Après la mort de ce dernier, lorsque les gens étaient en difficulté, ils recouraient à son successeur. Mais ce prêtre était plus familier avec l’argent qu’avec la prière. Alors, il disait à Dieu : « Quelle sorte de Dieu êtes-vous donc? Vous êtes parfaitement capable de résoudre les problèmes que vous avez vous-même causés et pourtant, vous refusez de lever le petit doigt aussi longtemps qu’on ne s’est pas aplati devant vous, qu’on n’a pas mendié ni plaidé. Bon! Vous pouvez faire comme vous l’entendez avec ces gens. » Puis, il retournait tout de suite à toute espèce d’affaire qu’il était en train de traiter. Et, une fois de plus, Dieu écoutait sa prière et le village était secouru.
« Seigneur, augmente en nous la foi »
Ceci témoigne que Dieu ne nous exauce pas en raison de nos performances spirituelles, mais en raison de son amour pour chacun de nous. Si « augmenter notre foi » consiste simplement à saisir l’amour personnel du Christ pour chacun de nous, il y a là une belle victoire spirituelle en nous.
De la même façon, la communauté n’est pas sainte en fonction de son curé, mais en regard de la solidarité qui se vit en son sein entre les engagés et les gens en quête de bonheur. Au contact les uns des autres, nous nous devons de réveiller les dons de Dieu comme l’exprime l’apôtre Paul à son disciple Timothée. Une communauté solidaire et engagée qui voit les besoins de chacun de ses membres et qui fait tout ce qu’elle peut pour combler ces besoins demeure le plus beau lieu de sainteté pour chacun de ses membres et pour son curé.
« Solidaire et engagée » : qu’est-ce à dire? Saint Paul dit à Timothée : « Prends ta part de souffrances pour l’annonce de l’évangile ». Dans une autre version de la bible, il est écrit : « Prends ta part de responsabilités ». Et l’évangile nous dit « Deviens serviteur quelconque ». Qu’est-ce qu’un serviteur quelconque? Voici un exemple : Thérèse de l’Enfant-Jésus est atteinte de tuberculose. Elle est à l’infirmerie. Elle ne sait pas comment occuper son temps. Elle se sent inutile. Sa soeur Pauline, qui est sa supérieure, lui suggère d’écrire ses mémoires : « ça nous fera un beau souvenir de famille ». Alors Thérèse s’exécute : elle écrit qu’à ses yeux, les petits gestes du quotidien vécus par amour valent plus que les événements éclatants : ramasser un kleenex peut sauver une âme. La faiblesse de Dieu, ce sont les petits gestes d’amour vécus dans le secret, écrit-elle. Vivre Dieu, c’est être une présence d’amour particulièrement auprès de ceux qui ne sont pas aimés. Les écrits de Thérèse révolutionnent la vie spirituelle : aujourd’hui, cette petite religieuse devenue inutile par son combat contre la tuberculose est devenue docteure de l’Église et elle demeure d’après un sondage la sainte la plus priée de la planète.
Bravo à ces serviteurs quelconques que sont ces pères et ces mères de famille qui se donnent pour leurs familles du lever au coucher du soleil jusqu’à tard dans la nuit sans rien attendre en retour. Bravo à ces serviteurs quelconques que sont ces amis, ces frères et soeurs qui se rendent divers services au quotidien dans l’esprit du partage fraternel. Bravo à ces serviteurs quelconques que sont tous nos engagés de la communauté qui se dévouent en pastorale, en politique ou dans les oeuvres sociales, sportives ou artistiques pour le mieux-être des autres.
Oui Seigneur, augmente en nous la foi : non pour augmenter notre pouvoir, mais pour rayonner davantage ta présence. Aide-nous à demeurer conscients que le grand pouvoir de l’Église, c’est le service bénévole et que la grande richesse de l’Église, ce sont ces gens qui se donnent bénévolement par amour pour répondre aux appels de Dieu au service du monde.
La foi est un don précieux. Il nous faut la protéger, l’alimenter, la transmettre et faire en sorte qu’elle influence notre vie de tous les jours.
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;uranie La muse des astronomes