Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui: «Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux!» Alors Jésus leur dit cette parabole: «Si l'un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu'à ce qu’il la retrouve? Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins; il leur dit: « Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue! »
«Je vous le dis: C'est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion.
«Ou encore, si une femme a dix pièces d'argent et en perd une, ne va‑t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve? Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit: « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue! »
«De même, je vous le dis: Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit.»
(Fin de la lecture brève)

Aujourd’hui, on reproche à Jésus de faire bon accueil des pécheurs au lieu de les laisser aller vers leur perte en conséquence de leurs actes mauvais… et, au lieu de se sentir coupable, en rajoute avec trois histoires pour faire réfléchir. L’épisode de la brebis égarée, la femme qui a perdu une pièce d’argent et l’enfant prodigue. (Je ne m’attarderai pas sur l’histoire de l’enfant prodigue, car celle-ci a été déjà commentée plus tôt au quatrième dimanche du carême.)
J’aime beaucoup l’épisode de la brebis égarée. Ce texte est
régulièrement utilisé pour préparer le sacrement du premier
pardon des jeunes. Pour l’actualiser, il m’arrive souvent de
faire appel à leurs expériences en leur demandant s’ils ont
déjà perdu leur chien ou leur chat et l’ont cherché avec
inquiétude pendant quelques heures. De façon générale, il y
a toujours un ou deux jeunes qui ont vécu cette aventure et
qui acceptent de nous en parler. Je n’oublierai jamais la
première fois que j’ai posé cette question : un jeune un peu
frondeur m’avait répondu : « Quand je l’ai enfin retrouvé, je
lui ai sacré un coup de pied au derrière puis je lui ai dit :
« Marche à maison ». Évidemment il y a eu le rire général de
l’assemblée et je me suis demandé comment réagir à ça.
Puis, éclair de génie, j’ai dit : « Tu viens de nous montrer l’attitude humaine. Regardons maintenant l’attitude chrétienne que Jésus nous enseigne : comme il porte le souci de chaque personne surtout des plus faibles et des égarés, il prend toujours l’initiative d’aller chercher ceux qui sont perdus. Les ayant trouvés, il ne les juge pas, il ne leur fait pas la morale, il ne leur demande même pas de ne plus recommencer : il les accueille, les met sur ses épaules symbole d’un accueil chaleureux – et les ramène au bercail… puis il organise la fête des retrouvailles.
Rien n’est plus triste pour quelqu’un qui s’est perdu de sentir que personne ne le cherche. Il devient comme évident qu’il n’est important pour personne. Je pense que j’aime encore mieux la recherche suivie du coup de pied au derrière : ce qui est le symbole d’un amour mal exprimé, ce qui se vit mieux que de l’indifférence. Un jeune jouait à la cachette avec des amis. Il était caché depuis longtemps quand il décide de sortir de son trou pour finir par découvrir que ses amis après l’avoir un peu cherché avaient fini par l’abandonner sans dire un mot : « T’étais trop bien caché » lui diront-ils. Il ne s’est pas senti en confiance avec eux, et avec raison.
Jésus nous enseigne aujourd’hui que notre relation avec Dieu est de l’ordre d’un coeur à coeur. Nous ne sommes pas que des individus dans la foule : nous sommes tous nommés dans le coeur de Dieu. Il ajoute que Dieu est prêt à tout faire pour qu’on soit heureux en sa présence : il accueille sans condition, sans nous juger en regard de nos actes. Il se réjouit de notre retour vers lui après un égarement, et il n’a pas besoin d’une grande expression de nos regrets pour se réjouir. Il nous aime assez pour nous inciter à revenir vers lui. Non seulement notre retour lui met le coeur en joie, mais il provoque la fête de toute la communauté pour souligner davantage ses retrouvailles.
Un dernier mot : en posant des questions aux jeunes du premier pardon à partir de l’histoire de la brebis égarée, je leur ai demandé ce que ça nous donnait de célébrer le pardon de Dieu. Un jeune m’a répondu : « Ça fait la joie de Dieu ». Moi de lui dire : « C’est tellement beau, où tu as pris cette idée? » Et lui de répondre : « Dans le texte que tu as lu, il est écrit qu’il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit… »
« Faire la joie de Dieu », voilà le défi que ce jeune m’a donné
et auquel je suis resté accroché depuis ce jour-là. Puissionsnous
comme personne et comme communauté faire la joie
de Dieu chaque jour… ce qui se vit par la gratuité de notre
agir, par notre contribution à rendre les autres heureux.