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Réflexion sur l'évangile du 22e dimanche ordinaire, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Lc 14, 1.7-14

  Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas. 

Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole: «Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu'un de plus important que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire: <Cède-lui ta place>, et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place.

 «Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t'a invité, il te dira: <Mon ami, avance plus haut>, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s'élève sera abaissé; qui s'abaisse sera élevé.» 

Jésus disait aussi à celui qui l'avait invité: «Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins; sinon, eux aussi t'inviteraient en retour, et la politesse te serait ren­due. «Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles; et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont rien à te rendre: cela te sera rendu à la résurrection des justes.»

 

22e dimanche ordinaire - C

photo de Gilles Baril


À la table de Dieu

 

En nous laissant inspirer par l’évangile d’aujourd’hui, nous pouvons mettre en parallèle quatre tables différentes que fréquentent tous les humains.

Notre monde serait meilleur si, au lieu de lutter toute notre vie pour obtenir une première place bien éphémère, nous cherchions la place la plus utile pour le bien de tous.

1- La table de la nourriture quotidienne

Toute personne qui partage un repas avec nous mérite notre respect et notre considération. La table demeure le lieu par excellence pour découvrir notre véritable personnalité : notre façon de nous y comporter est plus révélatrice qu’un scanneur. À la table du repas partagé, on met notre personnalité à nu. Cherchons-nous le meilleur de chaque mets ou si on pense aux autres? Sommes-nous égoïstes ou si on développe les sens du partage? Pensons-nous passer les plats à ceux qui en sont les plus éloignés ou si on a de l’intérêt que pour notre assiette personnelle? Nous mêlons-nous à la conversation? Notre discours est-il agréable pour les autres? Ou s’il est imbu de nous-mêmes, méprisant pour les autres ou plein d’aigreur.

Jésus nous dit que notre meilleure place à la table est celle qu’on occupe avec amour. L’amour se témoigne par notre convivialité, notre générosité pour les autres ou encore par notre humilité. L’humilité dans le sens de cette règle de savoir-vivre et de politesse qui nous rend attentifs au mystère de chaque personne avec qui nous partageons notre repas. Une humilité qui se fait écoute, présence, tendresse et compassion. Un repas se prête bien à l’humble présence mutuelle qui nourrit aussi les coeurs.

Il se dit beaucoup de réalités importantes au cours d’un repas. Beaucoup de gens aux prises avec une difficulté intérieure nous lancent des appels à l’aide. Il faut être attentif pour entendre ces cris parfois subtils de détresse. Et assez respectueux pour ne pas vouloir pousser l’autre à se révéler devant tout le monde. L’après-repas a aussi une grande importance pour libérer des souffrances.

2- La table de la communauté :

Personne ne vit sur une île déserte. À la table du quotidien de la vie communautaire, on y vit comme à la table du repas partagé entre amis. À la table de la vie communautaire, je crois qu’il faut encore plus porter le souci de la personne qui occupe la dernière place. Beaucoup de gens sont blessés et ils ont besoin de notre attention pour se sentir considérés. Dans chaque communauté, il y a des gens qui n’intéressent personne : même leur présence au milieu de nous passe comme une absence tellement on ne leur porte pas d’attention. Ce sont les gens de la dernière place vers qui Jésus nous envoie. On ne peut pas bâtir une communauté chrétienne authentique en ignorant ces gens de la dernière place.

J’entends encore cet homme qui me disait : « Comment croire qu’on est quelqu’un d’unique et d’important quand jamais personne ne fait appel à notre collaboration ? » Il y a de ces personnes qui sont blessées de n’avoir jamais été approché pour faire parti d’un comité ou d’un mouvement. Elles sont malheureuses et se demandent ce qui leur manque pour qu’on ne fasse jamais appel à leurs services. Bien entendu, elles craignent d’en demander la raison aux autres. Et si un jour, après qu’elles auront espéré longtemps qu’on les interpelle, quelqu’un se risque à leur demander un service, il ne faudrait pas se surprendre de leur refus. Ces personnes ne font plus qu’un avec leurs incompétences. Heureux qui veille sur les malheureux de la dernière place et persiste à les inviter à se mettre à une meilleure place… cette meilleure place qui demeure celle du service vécu dans la joie du don de soi.

3- La table de l’eucharistie :

serviceNous sommes ici plongés dans la table du pur don de soi par amour pour se nourrir du Christ et devenir une nourriture du Christ pour les autres. Contentons-nous de citer une maxime de sagesse du roi Salomon qui dit : « Quand tu t’assois à la table d’un grand, regarde bien les mets qui te sont servis et prépare-toi à l’action, car tu devras lui en offrir autant ».

À l’eucharistie, le Christ nous donne sa vie, par amour. Qu’est-ce que se préparer à l’action sinon donner notre vie par amour dans les petits gestes du quotidien.

4- La table du banquet céleste :

Les trois premières tables déjà mentionnées nous initient à cette quatrième table. On arrive chez Dieu comme on a vécu chaque jour. Rappelons-le : notre meilleure place est celle qu’on occupe avec Amour. Alors : ne cessons jamais d’aimer : il y va de la qualité de notre personne et de notre contribution à la construction du règne de Dieu, non seulement pour l’éternité, mais dans la vie de chaque jour. Ne cessons pas de faire la joie de Dieu en semant le bonheur dans le coeur de tous les gens que la vie met sur notre route.

 

Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;