Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant. Quelqu'un lui demanda: «Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés?»
Jésus leur dit: «Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant: <Seigneur, ouvre-nous>, il vous répondra: <Je ne sais pas d'où vous êtes.> Alors vous vous mettrez à dire: <Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.> Il vous répondra: <Je ne sais pas d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.>
«Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu.
«Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers.»

Jésus est agaçant pour ses auditeurs qui se pensent les seuls à avoir droit au salut. Il enseigne encore que les bontés de Dieu ne sont pas les privilèges d’un peuple particulier. Dans le coeur de Dieu, le salut est universel, car rien n’échappe à la tendresse divine. Dieu ne regarde pas la race, mais les intentions du coeur.
« À chacun de nous d’accepter ou de refuser l’amour de Dieu,
un amour qui interpelle vers un agir inspirant pour les
autres, un amour qui nous rend responsable du bonheur des
gens autour de nous. Il ne s’agit pas uniquement d’être
baptisé pour être sauvé, encore faut-il vivre en baptisé, c’està-
dire en enfant de Dieu.
Je pense ici au foetus dans le ventre de sa mère. Si celui-ci se dit : pourquoi des jambes et des pieds ou encore des bras et des mains : je n’ai pas besoin de ça ici… et qu’il décide de ne pas développer ses membres, il naîtra handicapé et il ne sera pas équipé pour vivre à plein notre vie terrestre. Si le foetus se dit : il fait noir ici, pas besoin de yeux, ou encore : il n’y a rien à entendre ici, à quoi me sert l’ouïe? Il naîtra aveugle et sourd. Ce foetus aurait une triste surprise en naissant à la vie humaine. Il lui manquerait des éléments essentiels pour vivre à plein et jouir des défis de la vie sur terre.
Ainsi en est-il pour nous : qu’est-ce qui nous attend dans l’au-delà puisque nous sommes de passage sur terre? Je ne pourrais pas le dire avec précision, mais je sais que c’est dès maintenant que nous nous formons pour vivre le bonheur éternel auquel le Christ nous convie dans son Royaume.
C’est dès maintenant que nous devons former notre capacité d’aimer et d’être aimé puisque le ciel est un plongeon dans le coeur de Dieu. L’au-delà se prépare en s’impliquant de plus en plus dans la vie quotidienne. Pourquoi grandir en sagesse, en science, en connaissance et en expérience si tout s’éteint avec la mort? De la même façon pourquoi des bras, des jambes, des yeux et des oreilles pour le foetus? Comme le foetus se développe au mieux en s’accrochant aux possibilités charnelles de sa mère pour pouvoir un jour la quitter pour voler des ses propres ailes, nous vivons ce même paradoxe par rapport à notre devenir éternel. Nos expériences, nos connaissances cultivent notre sagesse et nous prédisposent ainsi à un niveau de vie plus élevée qui se poursuit lorsqu’on quitte ce monde matériel par la porte de la mort charnelle.
Dieu nous invite à vivre pleinement notre quotidien, à mordre dans la vie à pleines dents, à développer nos capacités d’aimer dans le service du prochain pour un bonheur éternel au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. (Éphésiens 3 :20)
Jésus nous propose un chemin de dépassements à sa suite : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». Qu’est-ce à dire? En Israël, les Juifs considèrent que la maison réelle de Dieu sur terre est le temple de Jérusalem. Comme le temple a subi des profanations autant par les Romains que par les Musulmans qui y ont pénétré avec leurs chevaux et les chameaux, on a barricadé les grandes portes pour y percer des petites portes de trois pieds. Dorénavant pour entrer dans le temple, il faut se prosterner. Ceci est devenu un symbole important pour les Juifs : pour entrer chez Dieu, il faut poser un acte d’humilité et se prosterner. La porte étroite est la porte du service et de la prière. C’est un peu comme si Jésus nous disait : « Quand on est trop grand pour faire de petites choses, on est en même temps trop petit pour faire de grandes choses ».
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;Porte étroite, prise sur le blogue d'Alain de La Morandais