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Réflexion sur l'évangile du 16e dimanche ordinaire, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Lc 10, 38-42

Alors qu’il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une soeur nommée Marie qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit: «Seigneur, cela ne te fait rien? Ma soeur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider.» Le Seigneur lui répondit: «Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part: elle ne lui sera pas enlevée.»

 

16e dimanche ordinaire -C

photo de Gilles Baril


Réconforter au nom de Dieu

 

J’aurais le goût de poser trois regards subséquents sur cette page d’évangile que nous venons d’entendre :

Un premier regard :

...faire de la parole de Dieu une nourriture quotidienne. 

Il n’est pas facile d’être porteur d’Amour si on n’aime pas soi-même. Il est plus facile de témoigner des richesses de l’Amour si on peut identifier des gens qu’on aime autour de nous. Le Christ n’échappe pas à cette loi humaine : il considère important de s’entourer d’amis du quotidien. Il nourrit des amitiés particulières avec ses apôtres, des disciples parmi lesquels on retrouve Marthe, Marie et leur frère Lazare. Ses amitiés sont nourritures pour le coeur et l’esprit si elles ne nous rendent pas prisonniers d’exclusivité malsaine dans nos relations humaines. Il est vital de se savoir aimer d’une affection qui nous permet d’identifier et de développer nos richesses intérieures. L’amour ne doit jamais nous rendre propriétaires du coeur de l’autre. Même l’être le plus aimé a le droit de trouver des sources de bonheur différentes de ce que je peux lui donner de moimême. L’amour véritable n’étouffe pas l’autre en nous en rendant propriétaire. L’amour véritable est une libération intérieure.

Un deuxième regard :

Marthe et Marie accueillent leur ami Jésus avec ses disciples. Étaient-ils prévenus? Peu importe. Marthe aime de cet amour qui consiste à faire le meilleur pour l’autre : elle s’affaire à un service compliqué comme on dit parfois : en mettant les petits plats dans les grands plats des jours de grande visite. Elle aime Jésus et elle veut le meilleur pour lui et les siens.

marthe et MarieMarie de son côté prend le temps de s’asseoir et d’écouter les invités. Tout semble bien se vivre jusqu’à ce que Marthe essaie de culpabiliser publiquement sa soeur Marie : « Ça ne te fait rien qu’elle me laisse seule à faire le service ».

Le Seigneur ne juge pas les tempéraments différents de Marthe et Marie. Il ne dit pas à Marie qu’elle fait bien ou pas de ne pas aider Marthe et il ne dit pas à Marthe qu’elle en fait trop. Il ne fait que dire que l’amour ne consiste pas qu’à faire des gestes jusqu’à l’essoufflement des énergies pour l’autre. L’important enseigne Jésus n’est pas de s’étourdir pour la personne aimée en allant au-delà de nos forces. L’amour consiste plutôt à faire ensemble le coeur en joie.

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses ». Quand le coeur est affolé, les oreilles n’entendent rien. Il faut parfois prendre le temps de s’arrêter et de respirer profondément. D’ailleurs, tant qu’on n’a pas sorti ce qu’on a sur le coeur, il n’entre rien de neuf dans le coeur. Voilà souvent le drame des gens d’aujourd’hui : on n’a plus le temps d’aimer, on est occupé et préoccupé par toutes sortes de réalités qui, avouons-le, ne sont pas toujours essentielles.

Un jeune avait décidé de rendre service à ses parents moyennant une contribution financière. Il négociait ses services à la hausse trouvant qu’il ne réussissait pas assez vite à accumuler de l’argent. Cette situation embarrassait les parents : ils ne reconnaissaient plus leur fils pourtant bien généreux… jusqu’à ce qu’ils constatent que son but en ramassant cet argent était de les recevoir à manger au restaurant pour avoir du temps gratuit en tête à tête avec eux. Ce fut un choc pour les parents.

Un troisième regard :

Aimer Dieu en se dépensant pour lui dans des engagements comme le fait Marthe, c’est édifiant et impressionnant. Aimer Dieu en lui donnant du temps d’intériorité, c’est encore plus impressionnant… car c’est le temps donné en coeur à coeur qui fait que l’agir parle de lui-même sur l’oeuvre de Dieu. On ne peut pas donner le Christ aux autres si on ne l’a pas nourri en soi.

Je n’oublierai jamais le jour où je fus appelé auprès d’une famille qui venait de découvrir leur père qui venait de se suicider. Je connaissais le défunt et sa mort m’a pris par surprise : j’étais sidéré et sans mots. En même temps, je me disais : parle donc, réconforte-les… mais rien ne sortait de mes lèvres. Le lendemain, je suis retourné les visiter. À ma grande surprise, ils m’ont accueilli en m’exprimant leur vive reconnaissance pour le support que je leur avais apporté la veille… faut croire que les mots ne sont pas toujours nécessaires. François d’Assise disait : « Enseigner Dieu, c’est accompagner, soutenir, encourager… et parfois, seulement quand c’est nécessaire, c’est parler ». L’amour se vit sans les mots : l’Amour est Présence.