Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Pour mettre Jésus à l’épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question: «Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle?» Jésus lui demanda: «Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit? Que lis-tu?» L'autre répondit: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même.» Jésus lui dit: «Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie.» Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste, dit à Jésus: «Et qui donc est mon prochain?»
Jésus reprit: «Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits; ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s’en allèrent en le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit; il le vit et passa de l’autre côté.
«Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui; il le vit et fut saisi de pitié. Il s’approcha, pansa ses plaies en y versant de l’huile et du vin; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant: «Prends soin de lui; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.»
«Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits?» Le docteur de la Loi répond: «Celui qui a fait preuve de bonté envers lui.» Jésus lui dit: «Va, et toi aussi, fais de même.»

Je racontais récemment cette histoire du bon samaritain à un groupe d’enfants de 5-7 ans lors d’une catéchèse paroissiale. Je leur ai traduit le lévite qui passe son chemin par un monsieur très important qui voyant le blessé, regarde sa montre puis il juge qu’il n’a pas le temps de s’en occuper parce que ça va le mettre en retard pour sa réunion. La même chose se passe avec le prêtre : il est lui aussi en retard à sa réunion. C’est alors qu’une fillette de cinq ans, indigné par de telles réactions des gens importants me dit : « Ça va faire les réunions. Les personnes d’abord ». Voilà une vraie théologienne.
Sa pensée rejoint celle de Mère Térésa qui disait : « Quand
j’ai pris conscience de la grande misère humaine en Inde,
j’aurais pu créer une table de discussion pour trouver les
moyens les plus efficaces pour diminuer cette misère : on
serait encore en train de discuter et personne n’aurait rien
fait de concret pour leur venir en aide. J’ai alors simplement
choisi d’aider un pauvre à la fois. Il me semblait qu’au
minimum, tout le monde a le droit de mourir dans un lit
avec quelqu’un qui lui tient compagnie. Un des premiers
mourants que j’ai soutenu, disait-elle, était dans un état de
léthargie profonde. Je lui parlais doucement en l’appelant
mon bon monsieur. Soudain, il a ouvert les yeux puis il m’a
dit : Jamais personne ne m’a appelé monsieur. J’ai compris
l’importance de redonner à chaque personne une dignité
humaine. »
Le monde est un cercle où le moyeu est Dieu : plus on s’approche du centre, plus on s’approche de Dieu et plus on se rapproche les uns des autres. L’inverse est aussi vrai : plus on s’éloigne du centre, plus on s’éloigne les uns des autres et plus on s’éloigne de Dieu. Quand on en arrache avec les autres, il y a des carences également dans notre relation avec Dieu. On se construit toujours de l’intérieur en se rendant plus proche des autres.
Alors la question du jour : « Qui est mon prochain? »
Toute personne du quotidien, particulièrement ceux et celles qui en arrachent dans leur quête de bonheur.
Une autre
question dans le même sens : « Comment demeurer près de
Dieu au point de traduire sa présence? »
En faisant preuve de bonté autour de nous.
J’ajoute une autre réflexion de jeunes théologiens : chez les
scouts, on incite les jeunes à faire une B.A. (bonne action)
tous les jours. La bonne action par excellence semble d’aider
un aveugle à traverser la rue. Je ne sais pas pourquoi, ça
semble si important comme B.A. parce que des aveugles qui
veulent traverser la rue, il me semble qu’il n’y en a pas tant
que ça. Personnellement, je n’en ai jamais rencontré.
Toujours est-il qu’un jour, un jeune me dit qu’il en a
rencontré un. Et puis? Lui demandais-je. Mon jeune scout de
m’expliquer que l’aveugle ne voulait pas traverser la rue.
Quelle calamité! « Alors je lui ai dit : permettez-moi de vous
aider à traverser la rue puis je vais vous ramener ici, comme
ça, j’aurai fait ma B.A. ». Et l’aveugle s’est prêté à cet
exercice au nom de la B.A. quotidienne.
Qui a fait le plus de bien à l’autre? L’aveugle ou le jeune scout? On ne sait pas tout le bien qu’on fait aux autres quand on fait du bien… et on ne sait pas qui sort le plus enrichi du bien qu’on a fait aux autres. Alors, devenons de ces faiseurs de bien dont notre monde a besoin. Les personnes d’abord, une personne à la fois… pour faire la joie de Dieu et y trouver notre bonheur.
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.; Le bon Samaritain, Van Gogh