Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Il leur dit: «La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson.
«Allez! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route. Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord: <Paix à cette maison.> S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
«Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. Là, guérissez les malades, et dites aux habitants: «Le règne de Dieu est tout proche de vous.»
«Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites: <Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le: le règne de Dieu est tout proche.> Je vous le déclare: au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville.»
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient: «Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom.» Jésus leur dit: «Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions et pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi; et rien ne pourra vous faire du mal. Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux.»

Jésus désigne 72 disciples et il les envoie deux par deux : facile de comprendre que Jésus valorise le travail d’équipe qui repose sur l’authenticité, la complémentarité et la sécurité.
Les consignes qu’il donne ne sont pas doctrinales, mais plutôt de l’ordre du comportement : « Soyez humbles, simples et bons. Semez la paix, semez la paix. Priez et créez des liens. Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups », c’est-à-dire comme des croyants au milieu des malcroyants et des chercheurs de sensations nouvelles plus que des vérités fondamentales de la foi.
Les agneaux au temps de Jésus ne sont pas perçus seulement comme des suiveux comme on a tendance à le penser de nos jours. Les agneaux incarnent le courage et l’esprit de solidarité. Ils se soutiennent devant le danger et ils font preuve de beaucoup d’audace pour se trouver du pâturage dans un pays désertique. Je me revois durant un voyage en Israël où nous sommes arrivés dans un tournant de la route devant un troupeau de 400 à 500 brebis. On a voulu prendre des photos. Mais quand les moutons nous ont vus devant eux, nous les 5-6 pèlerins avec nos appareils dans la face, tout le troupeau est parti comme en furie pour nous faire face… je vous prie de me croire qu’on a tous couru vers l’autobus est que personne n’a eu le temps de photographier. Voilà ce que c’est des agneaux : courage et solidarité devant le danger.
Les loups sont pernicieux, hypocrites, ils cherchent leurs intérêts personnels. On pourrait les appeler préjugés, égoïsmes, nombrilismes. Ils sont tellement centrés sur leurs besoins égocentriques qu’ils en oublient les bienfaits de la solidarité. C’est cet isolement qui finit par nous détruire. Ne dit-on pas qu’un chrétien isolé est un chrétien en danger.
« Je vous envoie »; chaque dimanche, quand la messe se
termine, le célébrant nous envoie dans la société. Nous ne
vivons plus dans des milieux évangélisés. Il nous faut aller et
semer Dieu en pleine rue, dans nos maisons, dans les
bureaux au travail, dans les activités récréatives et
culturelles avec notre seule bonté et notre foi active dans la
simplicité des élans du coeur.
Tout ceci étant dit, je crois que le plus important et le plus stimulant de l’évangile d’aujourd’hui est ce verset final qui dit : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits mauvais vous obéissent, réjouissez-vous plutôt parce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Peu importe les réussites ou les échecs de nos efforts d’évangélisation, nous sommes personnellement nommés dans le coeur de Dieu. Dieu compte sur toi et tu peux toujours compter sur Dieu. Il ne te fera jamais défaut pour la simple raison que « tu as du prix à ses yeux et qu’il t’aime ». (Isaïe 43 :4)
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.; Benn, Peintre Français d'origines Russe, https://www.benn.fr/