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Réflexion sur l'évangile du 11e dimanche ordinaire, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada

 


 

 

Luc 7,36 - 8,3

Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum. En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même: «Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est: une pécheresse.» 

Jésus prit la parole: «Simon, j’ai quelque chose à te dire. — Parle, Maître.» Jésus reprit: «Un créancier avait deux débiteurs; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l'autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l’aimera davantage?» Simon répondit: «C’est celui à qui il a remis davantage, il me semble. — Tu as raison», lui dit Jésus. 

Il se tourna vers la femme, en disant à Simon: «Tu vois cette femme? Je suis entré chez toi, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé; elle, depuis son entrée, elle n’a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu ne m’as pas versé de parfum sur la tête; elle, elle m’a versé un parfum précieux sur les pieds. Je te le dis: si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour.» 

Puis il s'adressa à la femme: «Tes péchés sont pardonnés.» Les invités se dirent: «Qui est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés?» Jésus dit alors à la femme: «Ta foi t’a sauvée. Va en paix!» 

Ensuite Jésus passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qu’il avait délivrées d’esprits mauvais et guéries de leurs maladies: Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons), Jeanne, femme de Kouza, l’intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources

 

11e dimanche ordinaire - C

photo de Gilles Baril


Les maladies du Coeur

 

Un pharisien, un homme de Dieu, invite Jésus à sa table. Arrive une pécheresse connue qui n’est pas heureuse. Vite on découvre que le pharisien a le coeur de celui qui juge sévèrement sans permettre au coupable de se justifier… que la pécheresse espère beaucoup de Jésus. Un dicton dit : « Si les bons étaient meilleurs, les mauvais seraient moins pires ».

On pourrait croire que Jésus profite de cette situation pour élaborer un traité de cardiologie en nous mettant en garde contre trois types de maladie cardiaque :

    1- Épicardie : (épie : mot grec qui veut dire « sur »). Éparpillement du coeur.

    Notre société est gravement atteinte par cette maladie avec son monde de consommation de facilité et de recherche de l’instantané : on veut tout, toujours, tout de suite. On ne meurt pas de cette maladie, mais on y perd toutes ses énergies : on s’étourdit et on s’épuise sans jamais aller en profondeur. On finit par être déçu des autres, de soi-même voire même de la vie.

    Au niveau de la foi : on achète le ciel à force de sacrifices et de services rendus au prochain. Puis on se dit : « J’en ai fait assez pour le Bon Dieu, il est maintenant obligé de m’exaucer ». Perte de gratuité : tout nous est dû.

    Un antidote : demeurer des chercheurs de Dieu. On dirait que parfois Dieu prend plaisir à se cacher pour qu’on puisse le trouver.

    2- Sclérocardie : (scléro : mot grec qui veut dire « durcissement »). Durcissement du coeur.

    Il s’agit d’un coeur qui a décidé de ne plus aimer : peutêtre parce que la personne s’aime trop elle-même, ou parce qu’elle est trop attachée à des réalités matérielles, ou parce qu’elle a trop souffert d’être mal aimée. Un exemple : un "Hell Angel" qui a fait tatouer sur son torse : « J’ai aimé, j’ai souffert, maintenant, je hais ». Les gens qui l’ont trahi sont ceux qu’il aimait alors il a décidé d’utiliser le reste de sa vie pour détester les autres afin de ne plus souffrir d’être mal aimé.

    Au niveau de la foi : Dieu est un absent que j’ignore. Je ne lui dois rien. Il ne me doit rien. On est quitte.

    Un antidote : approfondir la parole de Dieu : « Venez à moi vous qui êtes las et fatigué : je suis doux et humble de coeur ». (Mt 11 :29). Apprendre à aimer avec le coeur de Dieu, c'est-à-dire sans juger personne. Découvrir les blessures intérieures des autres et les accepter tels qu’ils sont… ce qui fait qu’on finit par aimer même les non aimables ».

    3- Microcardie : (micro : mot grec qui veut dire petit « rapetissement du coeur »

    La médecine enseigne que si on mange peu, on rapetisse notre estomac, ainsi en est-il du coeur. Quand on investit peu de soi-même pour les autres, quand on attend tout des autres sans y mettre du sien, on se rapetisse le coeur. On se replie sur soi et on devient égoïste. Alors on se provoque des bonheurs artificiels jaillis du monde matériel (drogue, alcool, sexe, argent.)

    Au niveau de la foi : On a l’impression que Dieu et les autres sont à notre service. Tout nous est dû.

    Un antidote : L’engagement communautaire. Sortir de soi-même pour découvrir ce qui se vit dans le coeur des autres. Jésus dit : « Restez en tenue de service, gardez vos lampes allumées. (Lc 12 : 35). Remarquons qu’il n’est pas question de voltage. L’important n’est pas d’être tous des « cent watts », car un « 40 watts » allumé éclaire plus qu’un « cent watts » toujours éteint. L’essentiel est de s’engager au service des autres, en restant branché sur Dieu.

coeurJésus identifie un virus qui provoque toutes les maladies du coeur :
la peur de ne pas réussir sa vie; peur d’être abandonné;
peur de ne pas être reconnu pour ce que je suis; …
Quand on vit dans nos peurs, on se fait une carapace puis on vise l’autonomie personnelle ce qui fait qu’on compte plus sur les choses que sur les personnes : déceptions assurées.

La seule arme contre la peur : l’amour. Ne jamais cesser d’aimer. D’ailleurs, notre seul pouvoir réel dans la vie consiste à aimer. Seul le fait de se savoir aimer donne à une personne la force nécessaire de se changer elle-même. « Là où est ton trésor, là aussi est ton coeur. » (Lc 12 : 31) Que Dieu nous protège des maladies du coeur en nous aidant à ouvrir toutes grandes les portes de notre coeur. Voilà le moyen par excellence pour être heureux en contribuant au bonheur des autres tout en faisant la joie de Dieu.