Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Et il advint ensuite qu'il se rendit dans une ville appelée Naïn. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville. En la voyant, le Seigneur eut pitié d'elle et lui dit : «Ne pleure pas.» Puis, s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent. Et il dit : «Jeune homme, je te le dis, lève-toi.» Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : «Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple.» Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d'alentour.

On voit une fois de plus la sollicitude de Jésus pour toute douleur humaine. Elle est déjà pénible à vivre la situation d’un jeune qui meurt dans la fleur de l’âge. Mais Jésus a sans doute constaté la mort dans l’âme de sa mère, qui est veuve par surcroît. Elle se retrouve seule au monde, avec quelques sympathisants pour l’instant, mais de quoi seront faits ses prochains jours?
À cette époque, les femmes n’ont pas accès au marché du
travail, par conséquent, une veuve sans enfants est vouée à
vivre de la charité publique. D’où l’importance du geste posé
ici : en redonnant le fils à sa mère, il lui assure sa dignité
humaine, sa survie quotidienne. On peut comprendre
également l’admiration que Jésus témoigne pour la pauvre
veuve qui verse deux piécettes dans le tronc du temple :
« Elle a donné de son nécessaire pour vivre et non de son
superflu ». On peut aussi réaliser le geste important de Jésus
sur la croix quand il confie Marie à l’apôtre Jean. Même au
moment de mourir, Jésus se soucie du bien-être de sa mère,
laquelle veuve sans enfants sera confinée au bon vouloir de
la charité publique… ce qui ne présage pas un avenir viable,
car aux yeux du peuple, Marie est la mère d’un condamné à
mort par les autorités de l’époque.
Il y a aussi une quatrième veuve sans enfants dans l’évangile de Luc qui mérite toute notre admiration. Il s’agit d’Anne, fille de Phanuel, demeuré veuve après sept ans de mariage. Les femmes se marient entre 14 et 16 ans à cette époque. Elle a atteinte à l’âge de 84 ans (donc elle est veuve depuis plus de 60 ans) et elle se tient au temple. Sa vie ses compose de jeûne, de sacrifices et de prière. C’est elle qui avec le vieillard Siméon reconnaît en l’enfant Jésus le Messie attendu quand Marie et Joseph le présentent au temple après sa naissance (Luc 2 : 36-38)
Dans la première lecture d’aujourd’hui, le prophète Élie ramène à la vie lui aussi le fils d’une pauvre veuve. Celle-ci lui dit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu », ce qu’aurait pu dire également la veuve de Naïm. Devons nous nous aussi ressusciter quelqu’un pour être reconnus comme un disciple du Christ?
Ces veuves n’auraient fait qu’exister sans aucune qualité de vie. Je crois qu’il y a encore plein de monde autour de nous qui ne font qu’exister parce qu’ils sont écrasés sous le poids de la solitude ou de l’épreuve, parce qu’ils mènent une vie routinière vide de sens et de défis, parce qu’ils n’espèrent rien de l’avenir.
Jésus nous invite à être porteurs de vie, soutien d’amour et occasion de résurrection intérieure pour eux… ce qui n’est pas toujours compliqué… ce qui passe au départ par des gestes simples comme une écoute, un encouragement, un conseil judicieux ou simplement le témoignage de ce qui nous habite le coeur. Nous sommes responsables de faire surgir la Vie. Demandons-nous : quand ai-je été récemment un soutien réel pour une autre personne? Jusqu’où suis-je prêt à aller pour les gens que j’aime? Et pour ceux que j’aime moins? Est-ce que quelqu’un peut dire de moi : maintenant je sais que tu es un homme, une femme de Dieu.