Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Lorsque Jésus eut achevé de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm.
Il y avait un centurion dont un esclave était malade et sur le point de mourir ; or le centurion tenait beaucoup à lui.
Ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya des notables juifs pour lui demander de venir sauver son esclave.
Arrivés près de Jésus, ceux-ci le suppliaient instamment : « Il mérite que tu lui accordes cela.
Il aime notre nation : c’est lui qui nous a construit la synagogue. »
Jésus était en route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis lui dire : « Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.
C’est pourquoi je ne me suis pas autorisé, moi-même, à venir te trouver. Mais dis une parole, et que mon serviteur soit guéri !
Moi, je suis quelqu’un de subordonné à une autorité, mais j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient ; et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. »
Entendant cela, Jésus fut en admiration devant lui. Il se retourna et dit à la foule qui le suivait : « Je vous le déclare, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! »
Revenus à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en bonne santé.

« Dans la Rome ancienne, au temps de l’empereur Tibère, vivait un homme très bon, qui avait deux fils : l’un s’était enrôlé dans l’armée et fut envoyé dans les provinces les plus lointaines de l’Empire. L’autre fils était poète et charmait Rome par les beaux vers qu’il écrivait. »
Une nuit, le père fit un rêve. Un ange lui est apparu pour lui dire que les paroles de l’un de ses fils seraient connues et répétées dans le monde entier par toutes les générations à venir. Le vieil homme s’éveilla en pleurant de joie, parce que la vie se montrait généreuse à son égard et qu’il avait eu la révélation de quelque chose qui remplirait de fierté n’importe quel père.
Peu de temps après, il mourut en tentant de sauver un enfant qui allait être écrasé sous les roues d’un chariot. Comme il s’était conduit de façon juste et honnête tout au long de son existence, il alla tout droit au ciel et y rencontra l’ange qui lui était apparu en rêve.
« Tu as été un homme bon, lui dit l’ange. Tu as vécu dans l’amour et tu es mort dans la dignité. Je peux aujourd’hui réaliser n’importe lequel de tes souhaits. »
« La vie aussi a été bonne pour moi, répondit le vieillard. Quand tu m’es apparu en songe, j’ai compris que tous mes efforts se trouvaient justifiés. Car les vers de mon fils resteront dans la mémoire des hommes dans tous les siècles à venir. Je n’ai rien à demander pour moi; cependant, tout père s’enorgueillirait de constater la renommée de celui dont il a pris soin quand il était enfant et qu’il a éduqué quand il était un jeune homme. J’aimerais voir, dans un futur lointain, les paroles de mon fils. »
L’ange toucha l’épaule du vieillard et ils furent tous deux projetés dans un futur lointain. Devant eux apparut une immense place où des milliers de gens parlaient une langue étrange.
Le vieil homme pleurait de joie.
« Je savais, dit-il à l’ange, que les vers de mon fils étaient beaux et immortels. Voudrais-tu me dire lequel de ses poèmes ces gens sont en train de réciter? »
« Les vers de ton fils, le poète, ont été très populaires à Rome, dit l’ange. Tout le monde les aimait et y prenait plaisir. Mais, quand s’acheva le règne de Tibère, on les oublia. Les paroles que répètent ces gens sont celles de ton autre fils, le soldat. »
Le vieillard regarda l’ange avec surprise.
« Ton fils était allé servir dans une province éloignée et
devint centurion. C’était lui aussi un homme juste et bon.
Un certain soir, l’un des ses serviteurs tomba malade et fut
près de mourir. Ton fils, alors, eut connaissance d’un rabbi
qui guérissait les malades, et il passa des jours et des jours à
le chercher. Au cours de ses pérégrinations, il découvrit que
l’homme qu’il cherchait était le Fils de Dieu. Il rencontra
d’autres personnes qui avaient été guéries par lui, s’initia à
ses enseignements et, tout centurion romain qu’il était, se
convertit à sa foi. Finalement, un beau matin, il parvint
auprès du Rabbi. »
«Il lui raconta que l’un des ses serviteurs était malade. Et le Rabbi se déclara prêt à l’accompagner jusque chez lui. Mais le centurion était un homme de foi et, regardant le Rabbi au fond des yeux, il comprit qu’il se trouvait véritablement devant le Fils de Dieu. Les paroles qu’il dit au Rabbi à ce moment-là n’ont jamais été oubliées : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison, mais dites seulement une parole et mon serviteur sera sauvé. »
Quelle est cette parole que le Seigneur nous dit aujourd’hui et qui peut nous guérir? Peut-être n’avons-nous jamais pris conscience qu’il répondait vraiment à notre demande : « Dis une parole Seigneur ». Avant chaque communion nous le lui répétons – reprenant à notre compte l’acte de foi du centurion. Comment pourrait-il rester en silence? Il désire tant tout nous donner… IL va même jusqu’à se donner lui même dans la fragilité du pain eucharistique.
Alors que nous dit-il aujourd’hui? Car il parle de bien des manières, il vient croiser notre chemin dans tout ce qu’il peut comporter d’ordinaire. Cet homme qui vient livrer un colis, serait-ce par lui que Dieu veut nous rejoindre? Ou bien est-ce à travers ce téléphone inattendu d’un vieil ami? Et puis il y a cet imprévu qui vient bousculer notre horaire… Dieu nous interpelle par l’enfant et ses questions, par le collègue de travail, par le curé de la paroisse, par notre conjoint(e) ou par un pur inconnu… tant de chemin que prend la Parole pour nous guérir!
C’est l’évangile d’aujourd’hui, prenons le temps d’écouter les gens autour de nous pour entendre Dieu. Prends aussi le temps de parler avec respect et affection à ceux qui nous entourent, car sûrement que Dieu désire que nous soyons sa parole pour eux, particulièrement pour ceux qui en arrachent avec leur bonheur.