Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus parlait du règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent: «Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger: ici nous sommes dans un endroit désert.»
Mais il leur dit: «Donnez-leur vous-mêmes à manger.» Ils répondirent: «Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons... à moins d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde.»
Il y avait bien cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples: «Faites-les asseoir par groupes de cinquante.» Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à tout le monde.
Tous mangèrent à leur faim, et l’on ramassa les morceaux qui restaient: cela remplit douze paniers.

« Donnez-leur vous-même à manger »
Il y a dans cette invitation du Christ un appel à nous mettre au service les uns des autres, à ne pas attendre d’avoir atteint les sommets de la perfection chrétienne pour commencer à agir, à donner sa vie par amour sans rien espérer en retour.
Il y a aussi un appel à la solidarité : n’a-t-il pas dit : « Donnez-leur vous-même ». On n’est pas seul dans l’aventure chrétienne. Il ne faut pas s’imaginer qu’on pourrait en solitaire réussir à combler tous les besoins des gens autour de nous. Faire oeuvre d’Église, c’est s’engager avec d’autres.
Trop souvent cette unité que devraient créer nos rassemblements de prières se brise dès la sortie de l’église : quel triste spectacle que ces gens qui quittent les lieux à la hâte sans saluer personne.
« Donnez-leur vous-même à manger »
Les apôtres sont dépassés par cette consigne. Ils auraient tant aimé que chacun règle son problème de faim par luimême. Jésus n’est pas raisonnable. Il demande l’impossible. Pourquoi se fendre en quatre pour quelqu’un qui n’aura probablement même pas de reconnaissance? Suivre le Christ exige-t-il que nous allions au-delà de nos capacités financières et de nos capacités physiques : il y a tant à faire et nos ressources individuelles sont tellement limitées…
Mais ils découvriront parce qu’ils ont donné le peu qu’ils possèdent que la vraie richesse n’est pas ce que nous possédons, mais ce que nous recevons du Christ pour le transmettre aux autres. On a toujours la capacité de combler les faims des autres non pas en vertu de ce que nous avons, mais grâce à ce que nous recevons du Christ.
Un de mes amis dit souvent : « Dieu nous appelle à sa suite malgré nos limites et nos fragilités et si on accepte de se donner avec confiance, il nous comble toujours au fur et à la mesure des besoins rencontrés » ou encore : « Dieu appelle toujours des incompétents et à celui qui dit oui, Il donne toujours les compétences nécessaires ». Mère d’Youville disait : « Nous ne possédons rien, nous répondons à toutes les demandes des pauvres et pourtant, nous n’avons jamais manqué de rien ».
« Tous mangèrent à leur faim »
Souvent, nous sommes démunis devant les besoins et les attentes des gens autour de nous. Voilà pourquoi Jésus nous invite à faire communauté en collaboration les uns avec les autres par d’heureuses initiatives et d’audacieux dépassements… Il n’est arrivé souvent d’accueillir des gens qui souhaitaient recevoir à manger et presque toujours, j’ai découvert que ces gens avaient plus besoin d’être écouté, d’être compris, d’être respecté que de recevoir de la nourriture. Le besoin de se sentir aimé et reconnu demeure le plus fort. Peu importe notre condition de vie, on est toujours prêt à « donner la lune » aux gens de qui on se sent aimé et respecté.
La misère fait souvent en sorte que ceux qui la subissent perdent toutes formes de dignité humaine, au point de se rejeter eux-mêmes en se jugeant indigne d’amour. On ne sort jamais seul de la misère, et pour la rendre supportable on fabule et on s’impose aux autres avec nos fabulations… ou si on a de la chance, on découvre la solidarité humaine.
« Tous mangèrent à leur faim »
Voilà le miracle de la multiplication des pains et de
l’eucharistie : « Se nourrir de Dieu pour devenir une
nourriture de Dieu.
L’eucharistie est le sacrement de
l’Alliance établie dans l’amour entre Dieu et l’humanité et
entre les humains avec d’autres humains. Chaque fois que
nous célébrons l’eucharistie, nous nous mettons à la
disposition de Christ pour qu’il puisse faire jaillir le meilleur
de nous-mêmes pour apaiser nos faims personnelles et les
faims des gens autour de nous.
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;