Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

La montagne dans la spiritualité biblique rappelle les sommets de notre relation à Dieu : chaque fois que le mot « montagne » apparaît dans la bible, on peut avoir la certitude qu’il va se passer quelque chose d’important. Moïse se retire sur la montagne et il en revient avec les dix commandements, plusieurs prophètes ont vécu un sommet de leur mission sur la montagne, Jésus prie en montagne avant toutes les actions importantes de sa vie. D’ailleurs au cours des siècles, on a toujours construit les lieux de culte sur le sommet le plus élevé d’une région précise.
Et voilà qu’aujourd’hui, on célèbre un moment-clé dans
l’histoire de l’Église naissante des premiers chrétiens :
contrairement à l’habitude, Dieu se manifeste non pas sur
une montagne, mais au coeur de la ville de Jérusalem où se
croisent des foules de pèlerins et de voyageurs. Ne faut-il
pas comprendre ici que le premier chemin d’universalité sur
lequel l’Esprit-Saint entraine l’Église est celui de la fraternité
et de la solidarité : les chrétiens ne sont pas faits pour rester
entre eux.
L’Église n’est pas une amicale fermée sur des souvenirs nostalgiques : elle est une invitation continuelle à aller vers les autres pour témoigner la foi qui nous habite dans l’Esprit de Vérité précise saint Jean.
Ça me rappelle le gars qui voulait apprendre l’anglais. Un ami lui suggère d’écouter la radio en anglais : « Comme ça la langue va s’insérer dans ton esprit et ça va devenir plus facile pour toi de l’apprendre ».
Quelques semaines plus tard, les deux gars se revoient :
- Pis l’anglais, ça va bien ?
- C’est beaucoup plus facile que je le pensais.
Veux-tu que je te dise quelques mots en anglais?
Et voilà l’apprenti de se mettre à dire : « griche, griche, griche, … », il avait sélectionné un poste qui grichait…
« L’esprit de Vérité » vient d’abord nous aider à prendre conscience de ce qui griche en nous : ce qui vient de la réalité et ce qui vient de l’idéalisation de notre imagination.
« L’Esprit de vérité » nous amène dans un grand respect les uns des autres.
Monseigneur Jean-Marie Fortier nous racontait qu’à
l’époque où il était évêque de Gaspé, il lui arrivait de se
retrouver seul à l’évêché et de répondre lui-même au
téléphone.
Un jour, une dame appelle et sans savoir à qui
elle s’adresse, elle se met à lui lancer un paquet de bêtises.
Après s’être défoulée, elle demande à qui elle parle.
L’évêque se nomme. La dame devient toute mielleuse et elle
se confond en excuses. « Si j’avais su que c’était vous, jamais
je n’aurais dit tout ça parce que je vous admire
beaucoup… »
Mgr Fortier concluait en disant : « Agir au
nom du Christ, c’est développer le même respect pour
chaque personne, peu importe son statut social. La
réceptionniste ne méritait pas plus que moi le débordement
de bêtises que je venais de recevoir… »
Peut-être pouvons-nous nous demander aujourd’hui si nous
vivons réellement dans la mouvance de l’Esprit. La question
n’est pas inappropriée. Mais comment reconnaître l’Esprit?
L’Esprit est Souffle.
L’Esprit est Vie.
L’Esprit est Élan.
Les chrétiens mornes et désabusés, les chrétiens qui ne
croient plus en l’avenir de l’Église ne sont pas habités par
l’Esprit. Les chrétiens qui critiquent tout, les chrétiens qui
n’osent plus rien, les chrétiens qui disent « il n’y a plus rien à
faire », ne sont pas animés par l’Esprit. Et puis, signe qui ne
trompe pas, les chrétiens qui sont sans joie ne sont pas non
plus sous la mouvance de l’Esprit. Car l’Esprit fait de nous
des fils et des filles de Dieu, et ce devrait être là le premier
motif d’une inaltérable joie.
Et cette grande fête de la Pentecôte, demandons la force du rayonnement de l’Évangile lié au bien qu’on fait aux autres dans un grand respect du vécu de chaque personne « pour la gloire de Dieu et le salut du monde. »
Envoie ton Esprit et renouvelle la face de la terre (Psaume 104, 30)