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Réflexion sur l'évangile du 6e dimanche de Pâques, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Jean 14, 23-29

  À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples: «Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi: elle est du Père, qui m’a envoyé. 

«Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. 

«C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit: Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez.»

 

6e dimanche de Pâques - C

photo de Gilles Baril


"L’Amour jailli du coeur de Dieu

 

L’Évangile que nous venons d’entendre est teinté de nostalgie et d’espérance : nostalgie occasionnée par le départ de celui qui a donné un sens à la vie des apôtres et espérance, car Il les rassure qu’il ne les abandonnera jamais.

Les heures qui suivront feront vivre aux apôtres la mort la plus cruelle et la plus injuste de notre histoire humaine, on assassine le Christ par peur de perdre du pouvoir, par vengeance et par méfiance non contrôlée, parce qu’on s’est mis à détester quelqu’un qui refuse de servir des intérêts égoïstes.

La réaction de Jésus est : « Père pardonne-leur… »

Mais pendant ce temps, où sont-ils ceux et celles qu’Il a guéris? Où sont-ils ceux et celles qu’Il a éclairés sur l’Amour du Père? Entrons dans les sentiments du Christ : un profond sentiment d’impuissance devant la haine qu’on lui manifeste, peu importe ce qu’il dira ou ce qu’il fera; on l’a condamné à l’avance et tout tournera contre lui. Devant une telle situation, une réaction humaine consiste à se fermer sur soi ou à répondre au mal par le mal. Une réaction humaine contrôlée consiste à garder le silence pour éviter le pire. La réaction de Jésus est : « Père pardonne-leur… » Voilà l’Amour jailli du coeur de Dieu.

Esprit-SaintNon seulement Jésus pardonne, mais Il pose des fondations pour l’Église en disant à Marie : « Voici ton fils » et en disant à Jean : « Voici ta mère ». Jean représente ici l’ensemble du peuple de Dieu. Jésus confie son peuple à sa Mère et il recommande à ses disciples de prendre Marie en modèle de vie quotidienne. Marie, c’est le don de soi dans l’abandon et la simplicité de l’ordinaire de chaque jour. C’est le petit bout de laine qui permettra au câble d’acier de devenir un instrument de salut comme le raconte cette vieille légende anglaise du XVIe siècle.

On venait de construire une tour dans un village pour se protéger contre les ennemis. L’expérience avait sollicité la collaboration de tous les villageois et on voulait célébrer ce bel exercice de solidarité. On décide de faire une inauguration solennelle de la tour en faisant tomber les échafaudages compliqués. Puis suivra la fête populaire. Tout se déroule tel que prévu lorsque soudain durant la fête, on réalise qu’un gamin qui ignorait le rituel de la journée avait grimpé en haut de la tour et qu’il s’y trouve prisonnier. Que faire? Se jeter en bas est une certitude de mort. Refaire l’échafaudage est trop compliqué. L’heure est tragique.

St-Benoit-du -LacSoudain sa mère s’avance et lui crie : « Enlève tes bas ». Tous pensent que cette pauvre femme perd l’idée tellement sa souffrance est profonde devant cet événement. Puis elle répète : « Enlève tes bas et défais-les en tirant sur le bout de laine ». En désespoir de cause, le jeune s’exécute. Puis la mère poursuit son opération de sauvetage : « Tire vers nous un bout de laine et garde l’autre bout précieusement attaché près de toi ». Au bout de laine, on attache une ficelle que le jeune tire vers lui; à la ficelle, on ajoute une corde, un câble et le câble d’acier qui permettra au jeune de descendre le long de la tour. Et voilà la fête qui reprend de plus belle avec une impression réelle de salut.

Sachons frères et soeurs que Dieu nous appelle tous à être un « petit bout de laine » pour quelqu’un. Comme pour les apôtres dans l’évangile, il nous promet son Esprit-Saint pour discerner l’essentiel et pour nous conduire vers la plénitude de la vie. Demandons à Dieu de mettre sur notre chemin quelqu’un d’habiter par sa présence, quelqu’un qui naturellement nous donne le goût de devenir meilleur. Et pourquoi pas pousser notre audace en allant jusqu’à demander à Dieu de faire en sorte qu’on devienne nous mêmes, ce quelqu’un qui dit spontanément Dieu à ceux et celles qui le cherchent autour de nous.

Quand Charles de Foucauld raconte sa conversion, il écrit : « Alors que j’étais devenu indésirable et que tous me méprisaient, il y avait tante Marie qui m’accueillait chez elle sans jamais me juger ni même me sermonner. Avec le recul du temps, je prends conscience que tante Marie m’a ainsi enseigné la tendresse de Dieu. Sans le savoir, elle m’a appelé à faire un plus de ma vie ». Devenons des « tantes Marie » les uns pour les autres par notre façon d’accueillir les gens qui frappent à la porte de notre coeur.

«Soyez sans crainte. Le Défenseur, l’Esprit Saint vous enseignera tout ce que je vous ai dit».

 

Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;