Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti, Jésus déclara: «Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire; et il la lui donnera bientôt.
«Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Je vous donne un commandement nouveau: c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres.»

« Aimez-vous les uns les autres ». Voilà de façon spontanée de ce qu’on peut retenir du message de Jésus. Et depuis ce jour, il s’est écrit un nombre incalculable de livres, de chansons et de poèmes pour proclamer l’Amour sur tous les tons. On pourrait croire que tout a été dit. Par contre l’essentiel quand on regarde Jésus de plus près consiste à noter qu’il n’a pas que parlé de l’Amour, mais qu’il a aimé. Malgré les foules qui l’entouraient, Il a su nourrir des amitiés nourrissantes pour son coeur. Ses amitiés lui donnaient de la passion. Oui Jésus est un passionné : il est passionné du genre humain. Il sait s’arrêter à chaque personne qui se trouve devant lui. Être passionné du genre humain, n’est-ce pas là la seule vocation chrétienne. Nous ne possédons qu’un seul pouvoir sur les autres : les aimer sans condition. Aimer quelqu’un, c’est lui révéler qu’il est unique au monde. C’est lui aider à laisser jaillir toutes les sources déposées dans son coeur. C’est lui enseigner l’audace des dépassements et la force des recommencements.
Pour aimer à la manière de Jésus, il faut nous libérer de nos
désirs égoïstes, nous donner des idéaux élevés et ne jamais
se réduire à du conventionnel. Un fruit important de
l’Amour est la joie : cette joie profonde qui naît du
sentiment que nous sommes importants aux yeux de
quelqu’un. C’est notre joie de vivre qui donne le goût à ceux
et celles qui nous entourent de venir puiser à la source qui
nous alimente.
Permettez-moi d’illustrer ce que je vous écris :
Un moine avait, au cours d’un voyage, trouvé une pierre précieuse et l’avait gardé dans son sac. Un jour il rencontra un voyageur avec qui il voulut partager son maigre repas. Quand le moine ouvrit son sac, le voyageur aperçut la pierre précieuse et demanda au moine de la lui donner, ce qu’il fit avec empressement.
Le voyageur repartit ragaillardi et tout heureux de ce cadeau inespéré. Cette pierre lui apporterait la richesse et la sécurité pour le reste de ses jours. Cependant, quelques jours plus tard, il revint à la recherche du moine pour lui remettre la pierre précieuse et lui demande : « Maintenant, s’il vous plaît, donnez-moi ce qui est plus précieux encore que cette pierre, donnez-moi ce qui vous a rendu capable de me la donner quand je vous l’ai demandé. »
Voilà ce que c’est que de vivre en ressuscité : comme ce
moine, apprendre de la vie à donner, à se donner pour
rendre les autres heureux, car la vraie richesse n’est pas
dans le matériel, mais dans la générosité spontanée de notre
coeur. Avant de conclure, je n’oublie pas qu’on célèbre
aujourd’hui la fête des Mères. On pourrait reprendre tout ce
que je viens de dire en y mettant en toile de fond notre
reconnaissance à l’endroit de chacune de nos mères. Être
mère demande une réserve inépuisable de tendresse, de
complicité, de tolérance, d’encouragement et d’humour. Être
mère, c’est savoir cueillir tous les petits bonheurs comme les
sourires, les jeux de mots et les petites fiertés pour en faire
un bouquet d’énergies qui permet d’affronter les heures plus
difficiles.
Être mère, c’est l’illustration pure de toute vocation chrétienne. Jean-Paul 1er qui n’a vécu qu’un bref pontificat disait un jour : « Dieu est un Père qui nous aime avec un coeur de mère. » Spontanément, une mère apprend à son enfant à s’aimer tel qu’il est et à se dépasser dans le service des autres. N’est-ce pas là vivre le « Aimez-vous les uns les autres » de l’évangile d’aujourd’hui. Voilà notre vocation : elle est tellement belle qu’il ne nous est pas permis de la déserter. Elle est tellement riche que ça prend toute une vie pour en saisir les profondeurs et les élans vers la plénitude de l’Amour jailli du coeur de Dieu.
«Je vous donne un commandement nouveau :
aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.»
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.; www.grandmamanjacqueline.com