Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada

«C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit: «La paix soit avec vous!» Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau: «La paix soit avec vous! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.» Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit: «Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus.»
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie: Jumeau), n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient: «Nous avons vu le Seigneur!» Mais il leur déclara: «Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets la main dans son côté, non, je ne croirai pas!»
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit: «La paix soit avec vous!» Puis il dit à Thomas: «Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main, et mets-la dans mon côté: cesse d’être incrédule, sois croyant.» Thomas lui dit alors: «Mon Seigneur et mon Dieu!» Jésus lui dit: «Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu.»
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.»

La plupart des contes finissent avec une formule semblable à celle-ci : « Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent de nombreux enfants. » Après bien des malheurs, les héros entrent dans une vie sans histoire. Contrairement au coup de baguette d’une bonne fée qui amène une vie banale, la Résurrection du Christ donne une nouvelle dimension à tout ce qui existe : c’est là que l’histoire devient fascinante. C’est à partir du matin de Pâques qu’on commence à s’intéresser à l’histoire de Jésus de Nazareth.
Thomas, un homme réaliste qui se méfie des contes de fées,
ne veut pas se faire embobiner dans une foi naïve. La foi
pour lui, c’est sérieux et engageant. Il mise plus sur le
raisonnement scientifique que sur l’expérience du coeur
parfois nourrie par l’imagination. Pas question de se laisser
manipuler par les autres. Voilà un homme sympathique qui
se serait senti à l’aise dans notre monde contemporain.
Thomas est en quelque sorte le premier chrétien qui a commencé son histoire de croyant à travers le témoignage de l’Église : en d’autres mots, ce sont les expériences racontées par Pierre, Philippe, Jean, les disciples d’Emmaüs… qui ont éveillé le désir de Thomas de se laisser saisir par le Ressuscité. Là aussi, il nous ressemble parce que, comme lui, pour bien saisir la présence de Dieu dans nos vies, il faut d’abord s’en remettre au témoignage de quelqu’un d’autre.
La foi est un appel personnel qu’on nourrit au coeur de la communauté : Thomas, même s’il demeure un des douze apôtres choisis par le Christ, n’a pas droit à son apparition privée : c’est au coeur de la communauté que le Christ l’interpelle. Jésus mise sur la communauté pour se révéler à ceux et celles qui le cherchent. C’est pourquoi il est essentiel qu’on puisse se dire les uns aux autres notre expérience personnelle de Jésus-Christ. Les premiers chrétiens utilisaient une belle expression pour raconter leurs expériences : ils disaient : « Nous avons vu le Seigneur! »
Voir le Seigneur, c’est reconnaître Dieu dans les évènements vécus, dans les personnes rencontrées. C’est apprendre à développer un profond respect pour chaque personne : toujours parler des autres comme si on parlait du Christ luimême. Croire que Dieu agit encore aujourd’hui, qu’il n’a pas dit son dernier mot : « Beaucoup d’évènements ne sont pas mis par écrit dans ce livre ». Comme l’écrit saint Jean pour conclure son Évangile… car dit-il Dieu ne cesse jamais d’agir au sein de son Église…
Alors, découvrons avec Thomas que le Christ compte sur nous pour accueillir les autres en son nom, pour semer la paix en son nom, pour aimer en son nom, pour pardonner en son nom, pour rendre les autres heureux en son nom.
Le « Voyez comme ils s’aiment » du livre des Actes des apôtres qui décrit la première communauté chrétienne demeure le défi majeur de chaque génération des chrétiens qui se sont succédé sur les chemins de l’Évangile au coeur du monde depuis le glorieux matin de Pâques. Qu’il en demeure ainsi chez nous pour la gloire de Dieu et notre plus grand bonheur personnel et communautaire.
« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».