Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: «On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis.»
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Vous vous souvenez sans doute qu’au premier dimanche du carême, on s’est donné la mission d’afficher nos couleurs chrétiennes en devenant des chrétiens contagieux par notre façon d’agir au quotidien et par notre disponibilité à soutenir les autres dans leurs défis.
Pour revenir sur cette belle invitation du Christ à vivre en
ressuscité, je veux emprunter l’image d’une série de cinq
poupées russes de tailles décroissantes rangées les unes dans
les autres. La plus petite poupée ne se divise pas en deux :
elle prend l’image de l’essentiel du vécu de chaque baptisé.
Elle est le coeur de l’oeuvre. Elle nous enseigne qu’il faut
approfondir de plus en plus notre vie pour arriver au pôle
moteur qui est l’origine de notre foi et de tout notre agir.
1re poupée : la naissance de Jésus
Beaucoup de gens ne viennent à l’église que pour les messes
de Noël et de Pâques : non par conviction, mais parce que ça
fait partie du folklore familial. Beaucoup de gens finissent
par dire : « Je ne crois pas en Dieu ».
Est-ce là une façon de
dire : « Je ne connais pas Dieu », c’est personnellement ce
que je pense quand j’entends cette affirmation.
L’autre
question à approfondir consiste à préciser : qui est Dieu?
Car on m’a souvent dit : « Ce que les chrétiens appellent :
« Dieu », moi j’appelle ça : « l’amour », « l’être suprême ».
Moi non plus je ne crois pas à un Dieu – être suprême qui nous surveille et qui est prêt à nous punir à notre moindre erreur. Là est la foi des pharisiens que Jésus rejette… ce qui lui vaut la mort sur la croix.
Le Christ enseigne un Dieu-Amour, force des recommencements et des dépassements, un Dieu qui invite à agir par amour et non seulement par sens du devoir. Un Dieu « Maître de l’impossible » (Éphésiens. 3 : 20)
2e poupée : Jésus enseigne
Est-ce que j’ai à me fabriquer un Dieu à mon image et selon mes convictions du moment présent ou si j’ai à me mettre à l’école des enseignements du Christ? Dans notre monde contemporain, beaucoup de gens se forgent leur foi à partir des théories à la mode sans vérifier si tout ceci se conjugue à la vérité des enseignements bibliques. Par exemple, beaucoup de chrétiens croient à la réincarnation… réalité totalement incompatible avec la résurrection.
Saint Paul écrit à Timothée un message encore d’actualité (Tim 4 :1-5) : « Interviens à temps et à contretemps avec une grande patience et le souci d’instruire. Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide, car au gré de leurs caprices, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. En toutes choses, garde ton bon sens, supporte la souffrance, travaille à l’annonce de l’Évangile… »
3e poupée : La dernière cène
Nous commençons à saisir qui est vraiment le Christ. Nous sommes invités à communier à ses valeurs : le service les uns des autres dans l’humilité, la solidarité communautaire qui donne l’énergie nécessaire pour surmonter les défis du quotidien, le souci du bonheur de ceux qui nous entourent, le respect de chaque personne.
4e poupée : La mort en croix
Le Christ nous enseigne que son amour va jusqu’au don de sa vie. Il nous enseigne aussi que son amour nous est personnel : il ne meurt pas pour l’ensemble de l’humanité, mais il donne sa vie pour chaque personne qui le reconnaît comme Sauveur personnel. Il nous appelle chacun par notre nom à marcher à sa suite… et non à le remplacer.
C’est lui qui reste le Maître d’oeuvre même si sa mort en croix est une mise à l’épreuve qui nous interpelle sur la pertinence de notre agir tout en nous invitant à vérifier ce qui habite le fond de notre coeur. Peut-on parler ici du dépouillement qui purifie et qui amène à l’essentiel de la foi et qui donne l’audace du témoignage?
5e poupée : La Résurrection
Dans le film « Jésus de Nazareth » de Franco Zeffirelli, le grand prêtre qui constate le tombeau vide du matin de Pâques dit : « Voilà que ça commence ». Il est vrai que toute la bible repose sur la Résurrection du Christ.
Saint Pierre, après l’ascension, décide dans un premier temps de trouver un successeur à Judas. Il dit : « Il nous faut quelqu’un capable de témoigner de la Résurrection »
Vivre en ressuscité ou témoigner de la résurrection, c’est prendre conscience que notre foi s’enrichit quand on se donne pour le bonheur des autres.
Rappelons, encore que la première personne à vivre la rencontre du Ressuscité est Marie-Madeleine. Au départ, elle le prend pour le jardinier puis elle le reconnaît quand il l’appelle par son nom. Il lui dit ensuite : « Cesse de me retenir et va dire à mes frères que je suis ressuscité » Vivre en ressuscité ou témoigner de la résurrection, c’est prendre conscience que notre foi s’enrichit quand on se donne pour le bonheur des autres.
Devenir disciple du Ressuscité, ne serait-ce pas simplement devenir plus humain pour nous permettre d’identifier les fruits de l’Esprit partout où ils jaillissent au coeur du monde dans l’apparent désert spirituel de notre société.
Cette 5e poupée est le coeur des quatre autres. Elle nous rappelle que notre foi repose sur la Résurrection du Christ. Tout débute le matin de Pâques pour les chrétiens d’hier comme ceux d’aujourd’hui.
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;