Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada

Nos quatre évangiles sont composés d’unités transmises oralement et rassemblées de façon différente par les évangélistes. Par exemple, la visite à la synagogue de Nazareth, la guérison d’un lépreux ou d’un aveugle, la parabole des semences sont regroupées, par Marc, Matthieu, Luc et Jean, à des périodes différentes de la vie de Jésus, illustrant un point fort de son enseignement à la communauté chrétienne à laquelle l’évangéliste s’adresse.
Le récit de la Passion est différent. Les événements se suivent à peu près dans le même ordre chez les quatre évangélistes. Nous avons : le dernier repas, le jardin de Gethsémani, l’arrestation de Jésus, le procès juif, le procès romain, le chemin de la croix, les paroles de Jésus sur la croix, la mort, la mise au tombeau, la résurrection. Les quatre évangiles rapportent les mêmes événements, tout en soulignant certains aspects particuliers, selon leur insistance théologique.
Cette année, la liturgie nous propose le texte de S. Luc, chapitre 22, 14 au chapitre 23, 56. J’aimerais souligner deux aspects importants de cette passion de Jésus : a) le grand nombre de personnages présentés par Luc , et b) les trois paroles de Jésus sur la croix.

L’évangéliste Luc était médecin et il sait qu’un pardon qu’on
refuse de donner est un cancer qui ronge le coeur. Alors, une
première réalité sur laquelle il insiste beaucoup dans son
écrit est le pardon… ce qui se perçoit particulièrement dans
son récit de la passion du Christ. Il ne parle pas du départ de
Judas au repas de la cène. Il insiste sur le regard de
miséricorde de Jésus sur Pierre après le reniement de celuici.
Il est le seul à mentionner le dialogue avec le bon larron
sur la croix et il manifeste son pardon à ses bourreaux avant
de mourir : « Père, pardonne-leur… » puis il ajoute : « Tous
se frappent la poitrine ».
Que s’est-il vraiment passé entre l’entrée triomphale à Jérusalem et la condamnation à mort de Jésus quelques jours plus tard? Rappelons que le peuple juif se cherche un roi pour le libérer de la tutelle des Romains. Jésus est connu pour ses pouvoirs étonnants. Il arrive à Jérusalem, lieu du couronnement des rois. Alors les gens lui organisent une entrée triomphale… tout en respectant ses principes d’humilité : à dos d’âne et non sur la monture rutilante d’un cheval de guerre. La fête est toute simple, populaire et sans prestige, mais les chefs des prêtres en sont choqués.
Comme Jésus est populaire chez le peuple, on décide de
l’arrêter quelques jours plus tard durant la nuit. Les gens qui
connaissent Jésus dorment et il ne reste que les pèlerins
venus pour la fête de la Pâque qui n’ont pas trouvé d’endroit
où loger : des gens qui ne le connaissent pas et qui font
confiance à leurs chefs religieux. C’est eux qui crieront sur la
recommandation des membres du sanhédrin la libération de
Barrabas et la condamnation au crucifiement de Jésus de
Nazareth. Le peuple restera bien surpris de découvrir à son
réveil cette agitation autour de Jésus portant sa croix vers le
Golgotha.
Depuis ce temps, on a appris que la plus grande cruauté consiste à condamner quelqu’un sans procès, sans lui donner la chance d’être entendu. On est innocent tant qu’on n’a pas fait la preuve de notre culpabilité. Jésus n’est pas mort pour rien : le témoignage qu’il portait sur Dieu et sur le devoir de l’Amour a enrichi le patrimoine de l’humanité. En mourant, il a donné un sens à nos vies et à nos souffrances.
Ça me fait penser à une histoire qui circulait dans les médias sociaux il n’y a pas longtemps… Après un tremblement de terre… les sauveteurs avaient trouvé, dans les ruines d’une maison, le corps d’une jeune femme dans une position étrange : elle était à genoux, son corps penché en avant et ses mains semblaient soutenir un objet. La femme était décédée, mais sous son corps, les sauveteurs trouvèrent un bébé… un bébé de trois mois encore en vie! Il était enveloppé dans une couverture fleurie. Et dans cette couverture il y avait également un téléphone cellulaire qui avait le message suivant à l’écran : « Mon fils… si tu survis, n’oublie jamais que je t’aime… ta maman. »
Vivons nos prochains jours avec une vive reconnaissance au
coeur pour le Christ qui a donné sa vie librement pour
chacun(e) de nous : parce qu’il nous aime d’un amour qui
ne sera jamais qu’au passé.
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.; Le Bon Larron, chemin de croix M.Diener [ Montsevelier, Suisse ]