Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus s’était rendu au mont des Oliviers; de bon matin, il retourna au temple de Jérusalem. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : «Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu?»
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : «Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre.» Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allèrent l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui.
Il se redressa et lui demanda : «Femme, où sont-ils donc? Alors, personne ne t’a condamnée?» Elle répondit : «Personne, Seigneur.» Et Jésus lui dit : «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus.»

Voilà le piège idéal pour prendre Jésus en défaut. La loi exige de lapider les femmes adultères puis Jésus prêche le pardon et la miséricorde. Va-t-il renier la loi en incitant les gens au pardon ou s’il va se renier lui-même en laissant libre-court à la loi.
Il nous faut admirer la perspicacité de Jésus. Il accueille la situation piégée qu’on lui met sous les yeux sans porter aucun jugement ni sur la femme adultère ni sur les accusateurs. Il va même utiliser la loi. Celle-ci précise que c’est à celui qui a pris la femme adultère en faute qu’il revient de lancer la première pierre.
Et l’Évangile précise : « ils partirent en commençant par les plus âgés ». Pas parce que ceux-ci se sentent plus coupables, mais parce qu’ils incarnent la sagesse. Si les sages ne se permettent pas de juger… alors, aussi bien partir nous aussi…
Que fait Jésus pendant ce temps? Il écrit dans le sable. Il
crée un espace d’inutilité qui rappelle que le temps est
toujours essentiel pour saisir le vécu d’une autre personne
ne dit-on pas que le temps finit toujours par défaire ce qu’on
a voulu faire sans lui.
Le Christ n’a rejeté ni la loi, ni l’accusée : il condamne le péché, mais il continue d’espérer en la personne pécheresse. Le regard du Christ n’est pas un regard de pitié ou de condamnation, mais un regard de respect et d’admiration, car Dieu sait toujours de quoi nous sommes capables si nous acceptons de vaincre nos limites humaines. Il est plus important de vouloir bâtir l’avenir que de se laisser étouffer par les culpabilités de notre passé.
Ça me rappelle l’histoire de vie d’un jeune qui sans l’avoir prémédité a fini par tuer un compagnon de drogue. Tout de suite, il a couru vers un prêtre avant de se livrer à la police : « J’ai besoin du regard de Dieu sur moi, avant celui des policiers, des parents de mon copain, du juge qui présidera le procès, … » Il est condamné à la prison. Une vingtaine d’années plus tard, il est libéré parce qu’il est en phase terminale d’un cancer. Il me dire : « Toute ma vie en prison, j’ai essayé de regarder mes copains de cellule avec le regard de Dieu sans jamais les juger et en les encourageant à trouver le meilleur en eux… »
L’Évangile d’aujourd’hui nous présente une pécheresse que tous condamnent puis elle se termine avec une pécheresse pardonnée et des accusateurs qui se sont reconnus pécheurs. Se reconnaître pécheur, c’est se reconnaître limité et vulnérable, c’est identifier son besoin des autres et de Dieu. Pour cela, il faut se laisser regarder par Dieu. Ça me rappelle cette dame polonaise de 90 ans qui avait connu Jean-Paul II alors qu’il était enfant. Lors de son premier voyage en Pologne après son accession au pontificat, elle tenait à tout prix à être au milieu de la foule pour l’accueillir. On lui dit : « C’est trop épuisant pour vous… vous le verriez beaucoup mieux à la télévision. » « Mais, répondit-elle, lui ne me verrait pas ». Dans les prochains jours, dans les prochaines heures, prenons le temps de nous laisser regarder par Dieu.
«Moi non plus je ne te condamne pas… va et ne pèche plus».
Source des photos: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;