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Réflexion sur l'évangile du 4e dimanche du Carême, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Luc 15, 1-3.11-32

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Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : «Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux!»

Alors Jésus leur dit cette parabole : «Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : <Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient>. Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

Alors il réfléchit : <Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.> Il partit donc pour aller chez son père.

Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. «Le fils lui dit : <Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils...> Mais le père dit à ses domestiques : <Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.> Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : <C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.> Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. «Mais il répliqua : <Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras!> «Le père répondit : <Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.»

 

Quatrième dimanche du Carême - C

photo de Gilles Baril


Quelle bénédiction qu'un tel père

enfant prodigueLe texte que nous venons d’entendre est un passage de l’évangile parmi les plus connus des chrétiens. Avec raison d’ailleurs, car il est d’une richesse inouïe. Il nous présente trois personnages qui illustrent trois réalités de vie qui se répètent de génération en génération.

1- Le fils prodigue :
Il désire une vie facile centrée sur le plaisir. Il a beaucoup d’amis et c’est la fête perpétuelle. Mais tout passe avec l’argent. Survient alors une conversion de l’estomac. Il ne se rappelle pas que son père est un homme généreux et bon. Il se souvient seulement qu’à la maison, le frigo est plein et que tous mangent à leur faim.

2- Le Père miséricordieux :
Il aime son fils, il s’inquiète à son sujet. Il désespère de son silence et quand celui-ci revient, il ne le laisse pas s’humilier, il l’accueille sans aucune condition.

Nous sommes invitées à ne pas durcir notre cœur, comme l’a fait le fils aîné au retour du fils prodigue, et à partager la tendresse de Dieu.

3- Le fils aîné :
Pour lui, son père est devenu son patron. Il doit se faire apprécier en performant dans son travail. Il n’a rien à se reprocher. Mais, notre dévouement ne doit jamais nous donner un pouvoir d’exclusivité sur les autres.

Dans le film « Jésus de Nazareth » de Zeffirelli, cette scène arrive après la pêche miraculeuse suivie de la première rencontre entre Jésus et Mathieu. Il est évident d’une part que Mathieu est malheureux dans son métier de publicain et d’autre part que Mathieu et Pierre ne s’apprécient pas l’un l’autre. Et quand Jésus offre à Mathieu de devenir apôtre, Pierre proteste ouvertement… Et voilà que Jésus raconte l’histoire de l’enfant prodigue. Sans avoir besoin de le préciser, Pierre comprend que Mathieu est le fils prodigue et que lui, il prend figure du fils aîné.

mère enfantsQuand on y pense un peu plus, il y a peut-être l’un et l’autre de ces deux fils en chacun de nous. Parfois, nous sommes des fils cadets. Nous cherchons à construire nos vies sans Dieu. Nous nous éloignons de lui. Mais quand arrive un pépin, nous nous tournons vers Dieu en espérant qu’il viendra régler tous nos problèmes. Et nous sommes prêts à plusieurs conversions de l’estomac, pourvu que Dieu nous donne ce que nous désirons. D’autres fois, nous sommes semblables au fils aîné. Nous voyons Dieu comme un maître exigeant; quelqu’un que nous n’avons d’autre choix que de servir, même si nous aimerions faire autre chose; quelqu’un qui nous doit quelque chose parce que nous faisons ce qu’il commande. Surtout, nous ressemblons au frère aîné lorsque nous avons peine à aimer les frères et soeurs qui nous entourent.

Heureusement, la Bonne Nouvelle de ce dimanche ne se trouve pas du côté des fils. La Bonne Nouvelle de ce dimanche se trouve du côté du père. Il accepte d’abord de laisser partir son fils cadet avec son héritage. Sans se lasser, il scrute l’horizon dans l’espoir de son retour. Quand il le voit revenir de loin, il court vers lui, se jette à son cou et le couvre de baisers. Il ne lui fait aucun reproche, mais par des gestes concrets il rétablit son plus jeune dans sa dignité de fils. Puis, quand son autre fils refuse d’accueillir son frère, le père sort à sa rencontre et le supplie d’entrer. Quel père que cet homme au coeur de mère!

Quand il nous raconte la parabole de l’enfant prodigue, Jésus révèle les véritables traits de Dieu, notre Père. Il nous redit quel Père aimant nous avons. Il nous redit aussi le désir ardent de notre Père de nous rétablir dans notre dignité d’enfants de Dieu, son désir de nous réconcilier avec lui, son désir de nous réconcilier les uns avec les autres. Mais la parabole de Jésus se termine sans que nous sachions si le fils aîné se réconciliera avec son frère. Nous ne savons pas non plus si les deux frères reconnaîtront enfin le père extraordinaire qu’ils ont. À nous d’écrire la fin de la parabole dans le quotidien de nos vies.