Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Un jour, des gens vinrent rapporter à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice.
Jésus leur répondit: «Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort? Eh bien non, je vous le dis; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. «Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Eh bien non, je vous le dis; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière.»
Jésus leur disait encore cette parabole: «Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas. Il dit alors à son vigneron: «Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol?» Mais le vigneron lui répondit: «Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas »

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente diverses réalités
surprenantes qui portent à ambiguïté :
1. Les Galiléens massacrés par Pilate pendant qu’ils
offrent un sacrifice à Dieu.
2. 18 personnes tuées par la chute de la tour de Siloé.
Alors ces tragédies comme le verglas, les guerres, les catastrophes naturelles sont-elles des punitions de Dieu? Ces morts sont-elles voulues par Dieu? Dieu est-il masochiste en laissant souffrir ceux qui l’aiment et se dévouent pour lui?
Évidemment le curé en moi répond tout de suite que Dieu ayant créé le genre humain libre, il ne peut pas éliminer le mal du monde, mais il s’y est rendu présent par le Christ, par la force de solidarité des humains, par l’espérance de sortir plus fort d’une souffrance. « Ce qui ne tue pas nous rend plus forts ».
Voilà la troisième image de l’Évangile d’aujourd’hui : la
parabole du figuier. Il faut savoir que les racines du figuier
tirent le plus riche du sol au détriment des autres arbres qui
l’entoure pendant dix ans avant de commencer à produire
des figues. Et voilà trois ans que celui de la parabole ne
produit rien (13 ans qu’il épuise le sol). Le propriétaire
trouve que c’est assez : « coupe-le ». Le vigneron prend sa
défense : « Laisse-moi encore bêcher et mettre du fumier ».
Il implore sa conversion.
Et si le fumier dans nos vies s’appelait : nos défauts, nos limites, nos peurs, nos misères, … c'est-à-dire toutes ces réalités qui nous replient sur nous-mêmes ou qui nous font grandir si on réussit à les dépasser.
Un auteur inconnu avait publié un jour un article qui avait pour titre : comment être misérable? Il nous donnait des bons trucs pour cela. Écoutez ce qu’il disait : « Pense à toimême. Parle de toi; utilise le « je », le « moi », aussi souvent que possible. Écoute bien ce que les gens disent de toi. Attends-toi toujours d’être apprécié. Méfie-toi! Sois jaloux et envieux tant que tu peux. Ne te laisse pas manger la laine sur le dos. Ne pardonne aucune critique. Insiste toujours pour que les autres te respectent, qu’ils soient toujours d’accord avec toi sur tout. Boude ceux et celles qui ne sont pas reconnaissants envers toi. N’oublie jamais les services que tu as rendus. Évite de faire tes devoirs si tu le peux. Fais-en le moins possible pour les autres… »
Si nous faisons tout cela, nous aussi, nous allons rester misérables, toujours dans notre orgueil, nous allons végéter jusqu’à la fin de nos jours. C’est comme si on marchait dans un grand fossé. On ne voit rien de nouveau, toujours la même vie plate. On vit sans produire de fruits qui pourraient être utiles aux autres… Et on sèche : c’est la mort à petit feu.
C’est précisément ce qui arrive, quand on s’enfonce dans son orgueil. On se sent jugés par sa conscience, on se sent accusés… Quand on s’en rend compte, on n’hésite pas à rechercher de quoi on pourrait avoir besoin. On prend un verre, puis un autre, on va s’achète des choses qu’on n’a pas besoin, on va dire des paroles méchantes. Et tout cela nous conduit à être vraiment misérables, à avoir de la mort plus que de la vie dans nos vies.
Mais ceux qui reconnaissent que leur vie est marquée par le mal, le péché, eux, ils vont pouvoir découvrir d’autres choses : ils vont reconnaître Jésus comme un Sauveur, comme un Libérateur. Ils vont le reconnaître parce que crées à l’image de Dieu, leur conscience est là pour leur dire quoi faire.
Dieu s’offre à nous aujourd’hui comme source de libération intérieure. Ne dit-il pas à Moïse (1re lecture) : « Ne crains pas, je suis celui qui suis ». Dieu demeure avec nous dans tout ce qu’on vit dans le moment présent. « Je suis », c’est le verbe être et c’est aussi le verbe « suivre ».
Comme le figuier, on ne produit pas toujours les fruits escomptés. On ne sait pas toujours ce qu’on pourrait produire. Dieu ne nous demande pas d’être performant ni d’épater les autres. Il nous demande simplement de le suivre et de donner dans nos vies la priorité à l’être que nous sommes plutôt qu’à l’avoir qu’on pourrait posséder.
Permettez-moi de conclure en pensant à l’importance que le vigneron apporte, au fait de réénergiser son figuier avec du fumier avec cette pensée que j’ai expérimenté dans ma vie personnelle à une heure plus sombre de ma vie : « Quand t’es dans la merde jusqu’au cou, ferme ta gueule. Celui qui t’a mis là n’est pas nécessairement quelqu’un qui te veut du mal. Celui qui t’en sort n’est pas nécessairement quelqu’un qui te veut du bien. « Alors humilité et silence sont toujours de bonnes conseillères pour discerner l’essentiel de nos vies et nous permettre de revenir sur les chemins du véritable bonheur.
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