Imprimer Texte plus gros Texte plus petit

Formation > Étude de la Bible > Dimanche en dimanche > Archives > Année C, 2e dimanche du Carême

Réflexion sur l'évangile du 2e dimanche du Carême, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Luc 9, 28-36

   «Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu'il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. Et deux hommes s'entretenaient avec lui: c'étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem. 

Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s'en allaient, quand Pierre dit à Jésus: «Maître, il est heureux que nous soyons ici! Dressons donc trois tentes: une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie.» Il ne savait pas ce qu'il disait. 

Pierre n'avait pas fini de parler, qu'une nuée survint et les couvrit de son ombre; ils furent saisis de frayeur lorsqu'ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre: «Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le.» 
Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu’ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là.

 

Deuxième dimanche du Carême - C

photo de Gilles Baril


Se laisser transfigurer

 

On raconte qu’il y avait eu entre un père et son fils de nombreux malentendus au point où les deux n’arrivaient plus à se parler sans argumenter. Le père vivait difficilement cette tension entre lui et son fils. Après réflexion, il invita son jeune à partir avec lui en excursion de quelques jours en montagne afin de s’accorder à tous deux un temps de qualité pour eux seuls.

confianceLe jeune surpris, mais avide d’aventure et très curieux accepte l’invitation de son père. Les deux partent à pieds, sacs au dos, parcourent de longues distances sous un soleil ardent à travers champs, prés et forêts. Ils doivent négocier la traversée des ruisseaux, marécages et même de torrents. Ils doivent surmonter les escarpements et s’assurer de garder la bonne direction. Pour ce faire, ils doivent s’entraider l’un l’autre.

Les premières heures sont longues et silencieuses. Puis la consultation engage le dialogue. Au terme de la première journée et au long des prochains jours, après le repos nocturne à la belle étoile, et la préparation du feu et de la mangeaille toute simple, ils se surprennent en échanges sur la beauté du paysage et les bienfaits de l’aventure en pleine nature.

Petit à petit, ce qui jusqu’ici avait semblé devenir un mur d’incompréhension fait place à une écoute attentive entre deux compagnons de route. Ce n’est plus le père autoritaire ni le fils révolté, mais deux amis qui font route ensemble, complice et dépendants l’un de l’autre. Ils se sont reconnus comme des personnes humaines, chacune avec ses espoirs, ses craintes et son besoin d’être reconnue et aimée.

Tous deux sont transformés par ce nouveau regard sur l’autre et sur la vie. Leur relation ne sera jamais plus la même. Plus tard, même après quelques malentendus, on se rappelait facilement la mémoire de ces jours passés ensemble en montagne et tout retombait en place.

La montagne, une montagne ordinaire, était devenue pour les deux, une expérience unique, une rencontre mémorable.

Maintenant, il n’y a plus qu’une seule voix à écouter, la voix du Christ.

Voilà ce que vit Jésus avec ses apôtres lors de sa transfiguration. Il sent que ses apôtres ne comprennent plus ce qu’il vit, ce qu’il est. Il est de plus en plus confronté aux autorités de son temps et le rêve d’un royaume terrestre des apôtres devient de moins en moins réalisable. Il choisit ses trois piliers : Pierre, le chef; Jacques, le premier martyr; Jean, le futur maître en spiritualité; et devant eux, il laisse jaillir ses richesses intérieures, ce qui leur permettra de comprendre (plus tard, après la résurrection) le sens réel de sa Mission et de s’y engager jusqu’au don de leurs vies.

L’Évangile de la transfiguration me rappelle une vieille peinture dans une église italienne que de plus en plus de paroissiens souhaitaient voir disparaître. Le curé décide de la faire restaurer : on enlève la crasse, la suie, la poussière et la peinture devient de plus en plus éclatante… on finit par découvrir que cette toile est une oeuvre originale de Caravaggio : « La descente de la croix » (1610) et qu’elle est évaluée à 60 millions d’euros.

Dieu ne regarde pas nos réalisations, mais nos intentions

Pour Dieu, nous valons notre pesant d’or, car Dieu ne regarde pas nos réalisations, mais nos intentions et surtout il connaît les mille et une possibilités de nos vies personnelles. Il n’a créé personne en cas de besoin. Il veut tous nous associer à son plan de salut pour l’humanité. Il nous associe à son oeuvre, il ne nous demande pas de le remplacer ou de lui succéder : il nous demande simplement de faire notre possible …et en faisant notre possible, Dieu peut en retour faire l’impossible.

Voilà le message ultime de la transfiguration :
« Dieu est maître de l’impossible » (Éphésiens 3 : 20).