Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
«Après son baptême, Jésus, rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain; il fut conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon.
Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le démon lui dit alors: «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.» Jésus répondit: «Il est écrit: Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre.»
Le démon l'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit: «Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela.» Jésus lui répondit: «Il est écrit: Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras.»
Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder; et encore: Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.» Jésus répondit: «II est dit: Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu.»
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé.»

Il me semble que je vous entends penser : « Encore les tentations au désert… et le curé va encore nous parler du désert comme un temps de conversion où il faut résister aux tentations des richesses matérielles, du pouvoir sur les autres et de l’orgueil pour nous investir davantage dans les bonnes oeuvres de charité, puis dans le jeûne, les sacrifices et la prière, comme si de nous retrouver à la messe de dimanche en dimanche n’était pas déjà méritoire… »
Vous avez bien raison : je n’ai plus rien à vous apprendre sur le saint temps du carême, alors levons-nous et poursuivons notre célébration… Ça me rappelle un confrère curé qui me racontait sa première homélie. Il voulait impressionner les paroissiens et surtout son curé. Pour cela, il avait appris son texte par coeur. Il débutait par le répons du psaume qu’il avait mémorisé en latin : « Surgam et ibo ad patrem meum » puis en français : Je me lèverai et j’irai vers mon Père ». Après ça, il a un trou de mémoire. Il ne sait plus comment continuer. Alors il reprend sa phrase en latin puis en français puis rien : silence total. Après une minute de silence qui semble une éternité, le curé se lève puis il dit : « Bravo, tu salueras ton père de notre part et nous en attendant, on va continuer la messe. »
Et si notre carême cette année devenait une invitation à
nous tenir debout en affichant nos couleurs chrétiennes au
lieu de se laisser effacer dans la facilité du « Fais comme
tout le monde ». Une invitation à devenir des chrétiens
contagieux par notre façon de parler des autres, par notre
absence de critiques et de plaintes, par notre spontanéité à
soutenir les autres dans leurs défis, … Mais il faut plus : de
même que les paroles sans actions sont futiles, les actions
sans paroles sont dénuées de sens.
Trop souvent, on se berce d’illusions : on s’imagine qu’à s’appliquer à être bon, que ça va donner le goût aux autres de devenir meilleurs. On s’imagine que les gens autour de nous vont venir nous demander ce qui nous incite à être bons et que leur curiosité va nous donner l’occasion de témoigner notre foi. Alors, soyons honnêtes : cela n’arrive jamais. Mener une vie chrétienne exemplaire ne suffit pas. Il faut absolument prendre la parole et ne pas manquer une occasion de dire aux gens ce qui nous habite de l’intérieur. Pour avoir un impact sur les autres, il faut accepter d’être différent de la masse, d’être rempli de saveur et d’en témoigner par notre agir et nos paroles.
Peut-être que nos paroles seront exprimées de façon maladroite et qu’elles ne trouveront pas l’écho qu’on aurait souhaité. Là n’est pas l’essentiel, car ces paroles même dites toutes croches sont des semences divines dans le coeur de ceux qui les auront entendues si elles ont été dites avec authenticité sans juger les autres et dans un profond respect rempli de bonté et de générosité.
Voilà un beau programme de carême pour arriver ensemble
au pays de la Résurrection. À cela j’ajoute que la première
conversion à faire nous concerne personnellement. Prenons
le temps de nous répéter que tout ce qu’on fait pour Dieu
(prières, aumônes, jeûne, sacrifices, témoignages), on ne le
fait pas pour se faire aimer davantage par Dieu, mais on le
fait parce qu’on prend conscience que Dieu nous aime déjà
avant même que nous ayons fait quoi que ce soit. Que notre
carême soit vécu comme un geste de reconnaissance des
bienfaits de Dieu et non pour obtenir ses grâces ou des
mérites.
Dieu, le créateur, n’a besoin de rien. Il se situe dans l’amour gratuit et spontané. Cette découverte de Dieu, auteur de tout ce dont nous bénéficions, est la première conversion qui se dégage de la liturgie du carême. Que tout ce qui nous vivons au quotidien devienne un terrain de communion plus intense avec Dieu. Agir par amour et non pour se faire aimer. Voilà ce que les chercheurs de Dieu retiennent le plus des chrétiens qu’ils regardent vivre et s’ils ont reconnu en nous l’amour à l’origine de notre vécu, ils seront alors mieux disposés pour entendre notre témoignage. Bon carême. Bonne route vers le pays de Pâques.
Le jeûne, la prière et le partage nous aident à trouver les vraies valeurs de la vie et à nous rapprocher de Dieu et des autres.