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Réflexion sur l'évangile du 8e dimanche ordinaire, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Lc 6, 39-45

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples en paraboles :
Un aveugle peut-il guider un autre aveugle? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou? Le disciple n'est pas au-dessus du maître; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître.
Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil à toi; tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton frère: "Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton oeil", alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien? Hypocrite ! enlève d'abord la poutre de ton oeil; alors tu verras cclair pour enlever la paille qui est dans l'oeil de ton frère.
Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne du bon fruit. Chaque arbre, se reconnaît à son fruit; on ne cueille pas des figues sur des épines; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L'homme bon tire le bien du bon trésor de son coeur qui est bon; et l'homme mauvais tire le mal de son coeur qui est mauvais ; car ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du coeur.

8e dimanche ordinaire - C

photo de Gilles Baril


Faire surgir la Vie

 

« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle? » Maurice Duplessis disait : « La culture, c’est comme la confiture, moins tu en as, plus tu l’étends ». Souvent dans la vie quand une personne découvre les rudiments de base d’une nouvelle réalité, on dirait qu’elle se dépêche à en mettre plein la vue des autres. Mais dans la réalité, plus on apprend, plus on découvre qu’on ne savait pas grand-chose.

roseJe pense ici au Petit Prince de St-Exupéry qui vivait une relation privilégiée avec une rose qui se croyait unique au monde. En voyageant sur terre, il découvre un jardin de 5000 roses : « Je ne possède qu’une rose ordinaire… avec mes trois volcans éteints, ça ne fait pas de moi un bien grand prince ». Il pleura. Ensuite, il rencontre un renard qui lui fait comprendre qu’on devient responsable de ce qu’on a apprivoisé. Et il retourne vers les roses :

    Vous n’êtes par du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisé et vous n’avez apprivoisé personne.

    Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.

    Vous êtes belles, mais vous êtes vides. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est pour elle que j’ai tué les chenilles (sauf deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c’est ma rose ».

Quand on a apprivoisé quelqu’un, c’est-à-dire quand on a appris à aimer quelqu’un, on ne peut plus se permettre de le juger : « Enlève d’abord la poutre de ton oeil » Apprends à regarder chaque personne avec les yeux du coeur. Voici une belle expression popularisée par un chant de Gerry Boulet : « Les yeux du coeur ».

Gerry a puisé cette expression de son expérience chez les Alcooliques anonymes. Bill Watson, fondateur des A.A., disait que la seule façon de se soutenir les uns les autres sur la voie de l’équilibre humain est d’apprendre à se parler le langage du coeur. Il s’agit d’une langue particulière qui n’est commandée par aucun dictionnaire, aucune règle de grammaire ni aucun ordinateur. Elle ne se transmet ni sur papier, ni sur les ondes, mais dans le coeur à coeur des humains par des mots, des symboles et des gestes commandés par le respect du vécu de l’autre.

On reconnaît la profondeur spirituelle d’une personne dans la façon dont elle parle des autres

« Ce que dit la bouche est le débordement du coeur ». : On peut remettre les autres en questions, mais on ne peut jamais se permettre de les juger. Bouddha disait : « Ça prend deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire ». On reconnaît la profondeur spirituelle d’une personne non pas dans la façon dont elle parle de Dieu, car il est facile d’être théorique dans notre discours sur Dieu. On reconnaît la profondeur spirituelle d’une personne dans la façon dont elle parle des autres. C’est notre profond respect de chaque personne qui traduit le mieux la richesse de notre coeur. Alors le défi d’aujourd’hui : devenir des personnes dont le coeur est débordant de Dieu.