Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
«Je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l'autre; à qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas à celui qui te vole. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux.
«Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez quand vous êtes sûrs qu’on vous rendra, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs afin qu’on leur rende l’équivalent.
Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils et les filles du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants.
«Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés; pardonnez, et il vous serez pardonnés. Donnez, et vous recevrez, une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versé dans votre tablier; car de la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous.»

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous
haïssent… »
Un coup passé le choc de cette radicalité, il
nous faut reconnaître qu’il s’agit d’un évangile plus difficile
à écouter qu’à mettre en pratique : que nous dit le Christ?
Deux choses :
1- « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ».
2- « Faites plus que ce font déjà les pécheurs » (les gens qui vivent sans Dieu)
Il y avait quelque part, un gars qui revenait à la maison chaque jour de paye après avoir dépensé celle-ci avec ses chums à la taverne… ce qui désespérait sa femme qui se défoulait sur le premier de ses enfants qui faisait un mauvais coup. Le jeune se sentant victime d’une injustice se vengeait sur le chien, puis le chien sautait sur le chat et le chat sautait sur la cage de l’oiseau, qu’il finit par tuer et manger.
Pour éviter ce cercle infernal de violence et d’injustice, le Christ propose la tolérance et le pardon. Si nous-mêmes avons fait un mauvais pas, nous espérons de la compréhension des autres. Alors, pourquoi ne pas avoir la même attitude pour les autres. On est facilement scandalisé par la faiblesse des autres.
L’arme la plus efficace pour exercer une influence certaine
sur ceux qui nous entourent, c’est l’amour.
Quelqu’un te fait
un tort : tu te venges. Vous êtes quitte. « OEil pour oeil. Dent
pour dent ».
Quelqu’un te fait un tort : tu pardonnes. L’autre
en devient complètement désarmé… car tu as fait plus que
le commun des humains. Comment se venger d’un acte de
bonté?
En devenant bon à notre tour… ce qui évite le
meurtre sans préméditation d’un oiseau innocent.
Jésus dit encore : « Aimez vos ennemis. Souhaitez-leur du
bien ». Mais vous êtes-vous déjà dit : je n’ai pas d’ennemis.
Permettez-moi d’approfondir cette réalité en m’inspirant du
fait suivant :
un homme reconnu pour sa sagesse demande à
ses disciples de lui démontrer comment on peut distinguer
le jour de la nuit. « Facile, dit un premier disciple. Quand tu
regardes un arbre fruitier au loin et que tu peux dire s’il
s’agit d’un pommier ou d’un prunier, c’est qu’il fait assez
clair pour conclure qu’on est le jour ».
« Belle réponse, dit le
maitre, mais ce n’est pas ce que je pense être le plus évident
pour distinguer le jour et la nuit. »
Un autre dit : « Il s’agit
de mettre côte à côte un fil blanc et un fil noir. Tant qu’on
voit mieux le fil blanc, c’est la nuit et quand le fil noir
devient plus visible, c’est qu’on est rendu le jour. »
« Belle
réponse, mais ce n’est pas ce que je recherche ». Finalement,
le maitre finit par dire : « Quand tu vois au loin une
personne qui vient vers toi, si ton coeur s’emplit de joie, c’est
parce que tu es dans le jour. Si en regardant arriver
quelqu’un, ton coeur s’exaspère, c’est que tu es dans la
nuit. » Qui sont nos ennemis? Simplement ces personnes
qu’on aimerait mieux ne pas rencontrer. La haine ne nourrit
pas toujours en nous des désirs de meurtre.
Alors : « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ». Mon directeur spirituel à l’époque de mon grand séminaire disait : « Si on veut demeurer en paix avec soi-même, il s’agit d’agir quand on est seul comme si tout le monde nous regardait et d’agir en groupe comme si on était seul ». Voilà une belle façon de rester humble tout en faisant du bien. Voilà aussi un bon truc pour faire plus et parfois mieux que monsieur, madame tout le monde.