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Réflexion sur l'évangile du 5e dimanche ordinaire, C

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Luc 5, 1-11

Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth; la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées au bord du lac; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques, qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait la foule.

Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : «Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson.» Simon lui répondit : «Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets.» Ils le firent, et ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.

À cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : «Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur.» L’effroi, en effet, l’avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient prise; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Jésus dit à Simon : «Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras.»

Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

 

 

5e dimanche ordinaire - C

photo de Gilles Baril


Dieu appelle à sa suite

 

Les trois lectures d’aujourd’hui nous présentent différents tableaux vocationnels :

Il y a d’abord le prophète Isaïe dont le métier consiste à être prêtre au temple de Jérusalem. Il réalise que les gens ont plus besoin d’un prophète – d’un annonceur de la Parole de Dieu que du sacrificateur d’animaux qu’il est. Il y a Paul qui de persécuteur des chrétiens devient le plus grand évangélisateur de son époque parce que les apôtres ont peur de ce converti de la dernière heure qu’ils envoient vers les Grecs et les Romains plutôt que de l’intégrer avec eux au milieu de la première Église de Jérusalem.

Puis il y a l’appel des quatre premiers apôtres : Pierre et son frère André ainsi que Jacques et son frère Jean dans l’évangile d’aujourd’hui. L’accent est mis sur Pierre. Il n’était pas ce leader charismatique et attentif à chaque personne que nous rencontrons chez les premiers chrétiens; même qu’il avait tout pour être déplaisant : un peu superficiel, direct (cassant), toujours prêt à bougonner, autoritaire… Et c’est lui que Jésus appelle à sa suite. D’autres feraient probablement mieux.

pêche miraculeuseEt c’est ce Pierre, peureux, qui devient avec ses défauts, mais aussi avec sa grandeur d’âme, sa franchise et sa loyauté notre premier pape : de peureux, il devient un témoin audacieux qui ne craint pas la mort pour affirmer la foi en Dieu. Il franchit le chemin de la crainte à l’espérance, de la peur à la joie. Et cela va même changer son caractère : parce que Jésus lui a fait confiance, parce que Jésus l’a choisi et accueilli tel qu’il était. De se savoir choisi avec nos limites, ça nous donne l’espérance, du courage et de l’audace.

Il y a de nombreuses possibilités qui sommeillent en chacun de nous et c’est seulement l’Amour et l’accueil inconditionnel d’un autre qui peut nous donner le courage de les faire fructifier.

Je crois sincèrement que c’est ça la pêche miraculeuse : aimer l’autre au point de faire naitre en lui toutes ses richesses intérieures.

Être pleinement humain, c’est aimer et être aimé. Être pleinement chrétien, c’est savoir aimer à la manière du Christ. Quand on aime, on actualise l’amour de Dieu pour les autres. Dieu passe par nous pour aller vers les autres et il passe par les autres pour venir jusqu’à nous.

Plutôt que de dire chaque fois que quelqu’un nous demande un service : « D’autres feraient mieux que moi », apprendre à dire oui, apprendre à faire confiance à la vie. Dieu appelle dans le quotidien comme il a rejoint ses apôtres dans leur métier de pêcheurs.

Je crois sincèrement que c’est ça la pêche miraculeuse : aimer l’autre au point de faire naitre en lui toutes ses richesses intérieures.

Seuls, nous sommes fragiles, indignes et vulnérables comme la ficelle qui n’a pas de force si elle n’est pas reliée aux autres pour former un câble ou encore comme la goutte d’eau qui demeure sans aucune utilité si elle n’est pas dans une source quelconque. Seuls, nous sommes faibles, indignes, mais reliés à d’autres chrétiens, nous pouvons changer le monde en donnant une couleur évangélique à toute notre société.

Profitons de notre célébration pour autoriser le Christ à nous faire quitter nos sécurités du « toujours pareil » comme il le fait vivre à Pierre dans l’évangile. Laissons-le nous inciter à avancer au large pour lancer nos filets avec confiance, pour libérer nos richesses intérieures en nous invitant à les mettre au service des autres pour leur plus grand bonheur, pour notre joie personnelle et pour la construction du règne de Dieu au milieu de nous.