Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie. Jean s’adressa alors à tous : «Moi, je vous baptise avec de l’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu.» Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre: «C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.»

Avant la réforme liturgique de Vatican II, on terminait le temps de Noël par une célébration qui fusionnait ensemble l’Épiphanie, le baptême de Jésus et les noces de Cana : trois événements qui marquent la divinité du Christ et qui rappellent l’ouverture de Dieu à toutes personnes de bonne volonté, peu importe sa nationalité et son statut social.
L’Épiphanie qui est l’arrivée des Mages qui se laissent interpeller et qui osent se mettre en route sur les chemins de la foi. Le baptême de conversion de Jean-Baptiste où Jésus prend conscience qu’il est temps pour lui de commencer sa mission et les noces de Cana, où après avoir approfondi sa relation au Père (passage au désert) Jésus commence sa vie publique poussée par Marie, sa mère.
Non seulement nous sommes invités par Jean Baptiste à
nous reconnaître petit et pécheur devant Dieu, mais nous
sommes invités personnellement à devenir des
ambassadeurs du Christ comme l’affirme Saint Paul.
Kennedy disait : « La guerre, c’est trop sérieux pour laisser
ça entre les mains des soldats ». J’ajoute : « L’Église, c’est
trop important pour laisse ça entre les mains des curés ».
J’aurais beau écrire les plus beaux poèmes sur l’amour; j’aurais beau proclamer les plus beaux discours sur Dieu; j’aurais beau faire des homélies des plus touchantes, je ne réussirai jamais seul à révéler le mystère de Dieu : Ça prend l’agir de toute la communauté.
Un auteur français du XIXe siècle Victor Hugo a écrit : « Le bonheur suprême de la vie, c’est d’être convaincus que nous sommes aimés ». Seul l’amour compte. « Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien », disait Saint Paul.
Jusqu’au bout, Jésus a été fidèle à sa mission qui s’inaugure aujourd’hui sous le signe de l’amour qui se vit plus qu’il ne se dit. Ce qui lui a permis de vivre cette fidélité jusqu’au bout, c’est parce qu’il se savait aimer d’un amour infini de son Père.
Un grand psychologue, Éric Fromm a écrit un petit livre
intitulé : « L’art d’aimer ». Dans ce livre, il dit que les gens
définissent l’amour de deux manières, la première en
disant : « Je t’aime parce que j’ai besoin de toi » et la
deuxième, « J’ai besoin de toi parce que je t’aime ».
Remarquons toute la gratuité qu’il y a dans la deuxième
définition en comparaison avec la première.
L’eau de notre baptême est beaucoup plus une source de fécondité qu’Celle que Jésus a entendue de son Père au jour de son baptême fut : « J’ai besoin de toi parce que je t’aime ». C’est cette relation qui fait vivre. Au jour de notre baptême, Dieu a répété sur chacun de nous la même phrase : « Tu es mon fils, tu es ma fille bien-aimé(e). En toi j’ai mis tout mon amour. » « J’ai besoin de toi parce que je t’aime ».
Devenir de plus en plus chrétiens(nes), cela veut dire : apprendre à remplacer la phrase : je t’aime parce que j’ai besoin de toi par la phrase « J’ai besoin de toi parce que je t’aime ». Alors nous entrons dans le grand commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Et ce défi de l’amour vécu au quotidien, il nous est personnel, mais il est aussi le défi de solidarité de toute la communauté si on veut permettre aux chercheurs de Dieu autour de nous de trouver une réponse aux quêtes de sens de leur vie.