Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem en continuant à le chercher.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent stupéfaits, et sa mère lui dit : «Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi!» Il leur dit : «Comment se fait-il que vous m’ayez cherché? Ne le saviez-vous pas? C’est chez mon Père que je dois être.» Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes.

Pour bien saisir le vécu qui nous est présenté dans ce texte, il nous faut prendre la route vers Jérusalem. Tout bon juif qui respecte sa religion doit se rendre en pèlerinage au Temple de Jérusalem. L’idéal consiste à y aller une fois par année si les conditions de vie le permettent; il faut marcher, traverser le pays de Nazareth à Jérusalem, du nord au sud en passant par la province des Samaritains qui se trouve entre la Galilée (nord) et la Judée (sud). Les hommes marchent avec les hommes et les femmes avec les femmes. Les enfants marchent avec leurs mères et les adolescents et jeunes adultes (on est considéré adulte à 14 ans) marchent avec l’un ou l’autre de leurs parents selon leurs désirs personnels.
Jésus a 12 ans : Marie le pense avec Joseph et Joseph le pense avec Marie. Mais après une journée de marche sur le chemin du retour, quand Marie et Joseph se retrouvent pour le repos de la nuit : il n’est pas là. Il faut retourner à Jérusalem. Vent de panique et d’insécurité. Il s’est sans doute perdu dans la foule… Où le trouver?
Sachant que Marie et Joseph sont très religieux, on peut
s’imaginer qu’ils se sont rendus au temple pour demander à
Dieu de les guider dans leurs recherches, et que c’est ainsi
qu’ils ont eu la surprise de le découvrir en discussion
profonde avec les docteurs de la loi.
Pourquoi ce texte en plein temps de Noël? Probablement parce que c’est le seul écrit de l’Évangile qui nous présente Jésus – adolescent. Peut-être également pour nous rappeler que si le Christ est venu dans le monde comme on le célèbre à Noël, c’est pour nous inviter à nous mettre en route avec lui sur les chemins de notre quotidien : toute notre vie, de la naissance à la mort, est un pèlerinage vers Dieu. Nous sommes un peuple de pèlerins invités à vaincre nos peurs, à surmonter nos rancunes et nos méfiances, à aller plus loin que l’incertain pour habiter le pays de la confiance. Le milieu de vie ordinaire que Dieu nous propose pour vivre ce pèlerinage demeure notre vie familiale.
Pour vaincre les obstacles de la vie en société, on se
construit parfois une carapace : devant une société qui nous
bouscule dans nos valeurs et qui nous oblige à l’efficacité et
à la rentabilité dans une recherche continuelle de sensations
nouvelles, la famille se doit de demeurer un lieu où il fait
bon « être soi-même », où on peut retrouver la paix
intérieure qui jaillit d’un amour sincère et gratuit, allant audelà
des préjugés et des attentes parfois écrasantes de la
performance continuelle qu’on exige de nous. Voilà un
rappel subtil de ce dimanche entre Noël et le Nouvel An.
Une autre réalité que je veux relever est le passage du monde de l’enfance au monde adulte que cet évangile nous suggère : pas facile d’être adolescent. Ça prend beaucoup d’humour et d’amour pour dédramatiser les évènements de la vie, pour les jeunes comme pour les parents. Je pense à Jean Bosco qui disait que l’adolescence est l’âge des grands défis et des grands idéaux. C’est cette étape de la vie qui sème en nous le goût de la sainteté, disait-il. C’est l’attitude de Marie qui conservait tout dans son coeur… ce qui permet à Jésus de « grandir en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes ».
Demandons à Marie de nous guider sur cette route de la confiance et profitons de notre célébration pour remettre entre les mains de Dieu les personnes qui nous sont les plus chères.
Jésus grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes