Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans une mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé. Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.

Voici en guise de mise en route de ma réflexion, un conte de Noël résumé qui s’intitule : « Le Prince » de Jean Debruynne :
Il était une fois dans un petit village du sud de l’Angleterre
un homme qu’on appelait le prince. Oh! ce n’était pas un prince charmant comme on en voit dans les contes de fées avec une magnifique couronne et de beaux vêtements; au contraire on l’appelait le prince parce qu’il était le plus grand et le plus fort et parce que les gens avaient peur de lui. Le prince n’avait plus de famille tous les siens le fuyaient. Le prince n’avait pas d’amis non plus, on ne se fait pas d’ami quand on veut toujours être le plus grand et le plus fort. On ne se fait pas d’ami non plus quand on frappe et crie pour avoir toujours le dernier mot. Quand le prince s’amenait au village, il riait fort et montrait ses poings fermés comme deux gros cailloux. Quand le prince était seul, il devenait tout triste, car il savait que personne ne l’aimait. Il savait aussi qu’il était incapable de desserrer ses gros poings pour donner la main, accueillir les autres et rendre des services.
Un jour une voix retentit partout dans le village : « Venez,
venez tous le Prince de la paix est arrivé ». Tout le village se
mit en marche pour aller rencontrer ce fameux Prince de la
paix.
Le prince se dit : « Qu’est-ce que j’entends, le Prince de
la paix est arrivé! Le prince ici c’est moi ». Et il se mit en
route pour aller affronter ce fameux Prince de la paix. Tout
le village était rassemblé autour d’une petite maison de rien
du tout. Le prince s’amène en roulant ses grosses épaules. Il
se fraie un chemin avec ses gros poings en bousculant tout
le monde et qu’est-ce qu’il voit, un papa, une maman et un
bébé. C’est ça le Prince de la paix se dit-il, ce petit bout de
bébé? Un prince c’est grand et fort, lui il est bien trop petit.
Le prince se met à rire et s’approche davantage, un grand
silence se fait, les gens sont effrayés, que va-t-il se passer?
L’enfant ouvre les yeux et regarde le prince, le prince
regarde l’enfant. L’enfant lui fait un merveilleux sourire
comme seuls les petits enfants savent le faire. Le prince est
ému, touché. L’enfant tend ses petites mains vers les gros
poings fermés du prince. Tout à coup et d’un seul coup les
poings du prince se desserrent et le voilà avec deux grandes
mains ouvertes, deux mains toutes chaudes, toutes neuves.
Le prince sait dans son coeur qu’il peut maintenant donner la
main, accueillir les autres et rendre des services. Le prince
se met à pleurer, ce sont des larmes de joie. Le prince se met
à genoux et s’écrie : « C’est toi le Prince, c’est vraiment toi le
Prince de la paix. »
Pour commencer cette nouvelle année, je vous souhaite de
vous laisser émerveiller. Comme les bergers qui
s’émerveillent de la lumière dans la nuit et du message des
anges leur annonçant le sens profond de la naissance de
l’Enfant-Dieu, comme Marie qui retient tout dans son coeur,
sachons identifier tout ce qui se vit de beau et de bon autour
de nous au nom de Jésus. Devenons nous-mêmes des
princes de la Paix en sauvant les autres de leur désespoir et
de leur solitude écrasante, en demeurant sensibles à leur
vécu quotidien. Développons une vision positive des
événements que nous vivons :
Une autre année nous est donnée pour que grandisse l’espérance à travers les inquiétudes, le travail, les joies et les échecs. Une autre année nous est donnée pour que grandisse la confiance en nous-mêmes, en Dieu et dans les autres.
Une autre année nous est donnée pour servir l’Église. Des projets nous sont parfois suggérés, des exigences nous sont proposées, des invitations nous sont lancées… pour que nous risquions la folie du dépassement. La générosité de l’appel de Dieu ne nous manque jamais. Il attend la générosité de notre réponse.
Une autre année nous est donnée pour réajuster notre vie au rythme d’une vie communautaire ou familiale de qualité, selon les exigences libératrices de nos engagements. Dieu est là qui nous attend à chaque instant qui passe dans l’ordinaire de la vie.
Une autre année nous est donnée pour sentir la miséricorde du Père qui veut faire échec à l’indifférence qui nous habite, à l’individualisme qui nous sollicite, au vieillissement prématuré qui nous guette.
C’est ainsi que je vous souhaite, pour l’année qui commence
non pas de réussir dans toutes vos entreprises, mais de
recevoir et d’accueillir dans vos coeurs et dans votre vie, jour
après jour, l’amour de Dieu qui donne sens à l’existence.
Je vous souhaite non de ne subir aucun échec, mais d’accueillir comme un don immérité la force qui permet de rester debout malgré les lourds fardeaux. Je vous souhaite non des jours paisibles, mais la capacité de vous laisser déranger par les autres, d’accueillir celui qui est différent comme un envoyé de Dieu.
Je vous souhaite non d’avoir réponse à toutes les questions, mais de savoir recevoir les interrogations des autres, de porter leurs peines, et leurs soucis, pour être auprès d’eux une soeur, un frère solidaire porteur de paix et d’espérance.
Et pour confier à Dieu ensemble cette nouvelle année, je fais nôtre cette belle et très ancienne bénédiction amérindienne :
Que le Seigneur bénisse votre regard :
qu’il soit clair comme la pleine lune.
Que le Seigneur bénisse vos pensées les plus secrètes :
qu’elles soient pures et franches comme la glace sur le lac.
Que le Seigneur bénisse votre travail :
qu’il soit fécond comme le maïs dressé dans le champ.
Que le Seigneur bénisse votre famille :
qu’elle soit joyeuse comme des loutres au bord du ruisseau
et travaillante comme les abeilles dans la prairie.
Que le Seigneur bénisse votre temps :
qu’il coule calmement comme la rivière après la débâcle.
Que le Seigneur bénisse même vos larmes :
qu’elles soient douces comme celles de l’érable
au retour du corbeau.
Que le Seigneur bénisse votre vie de chaque jour
et même votre mort :
qu’elles soient à jamais entre ses mains puissantes
et généreuses.