Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. — Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. — Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’Ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : «Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.»
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes et aux femmes qu’il aime.»

Je vous confesse que la dernière réalité que je souhaiterais vivre à ce moment-ci, c’est d’être le curé de Bethléem d’il y a 2000 ans. Il y avait un prêtre à Bethléem à l’époque de la naissance de Jésus. On ne l’appelait pas curé, mais il était responsable d’annoncer la Parole de Dieu et il savait que d’après les Écritures, le Messie devait naître dans sa paroisse.
Et voilà qu’il apprend une histoire étrange de bergers qui ont reçu la visite des anges pour leur annoncer la Naissance dans leurs champs d’un enfant supposé Fils de Dieu. Et lui n’en sait rien : c’est frustrant. Au lieu que ce soit lui – le premier responsable de la foi – qui reçoit une annonce officielle de la naissance du Sauveur, ce sont des bergers, des non-pratiquants, des marginaux. En effet les bergers vivent en dehors de la société, car ils doivent constamment veiller sur leurs brebis, donc ils ne suivent pas les cérémonies religieuses à la synagogue ce qui leur vaut la réputation de n’être que de pauvres pécheurs. Et c’est à eux que les anges (ces messagers spéciaux de Dieu) viennent annoncer le grand évènement attendu depuis des siècles par le peuple juif tout entier.
Cette histoire est embêtante et elle se répète partout. Bethléem est envahi de partout de gens qui veulent voir « le Roi qui vient de naître ». Ils viennent s’informer au presbytère. Même le grand-prêtre (l’évêque) envoie une délégation qui accompagne des Rois Mages qui arrivent avec une histoire d’étoile.
Le curé décide de faire son enquête personnelle : il va faire une visite de paroisse dans le rang qui semble avoir accueilli les parents du nouveau-né. Nouvelle frustration : la famille en question est disparue de nuit sans laisser d’adresse. Puis suit le massacre des Saints-Innocents, tous les jeunes garçons de moins de deux ans sont tués par les soldats d’Hérode. Le pauvre curé finit en dépression profonde.
Je ne pense pas que Dieu ait quelque chose contre les curés,
mais je crois qu’il s’est toujours gardé le privilège
d’intervenir auprès de son peuple comme bon lui semble. Or
le plan de Dieu était d’offrir à l’humanité un nouvel espoir,
une grande joie et dans sa grande sagesse, il a décidé de se
faire complice de gens pauvres sans importance : les
bergers.
Pour en revenir au curé de Bethléem, semblerait-il qu’après quelques années de repos, il a hérité de la petite paroisse de Nazareth et lors de sa première cérémonie, un certain Jésus né à Bethléem lui a fait office de servant de culte. Quand il a pris conscience de ça, il a renoncé à sa nouvelle paroisse…
Personnellement, je serais heureux que Jésus serve la messe chez nous ou que Dieu décide de naître dans un rang de notre méga-paroisse. Je donne volontiers la permission à Dieu de faire tout le bien qu’il veut au milieu de nous, même si ce bien se fait sans ma contribution personnelle. Il peut se faire beaucoup de bien dans une paroisse et tout le bien que se fait n’a pas à passer par le presbytère. Alors mon souhait en cette nuit de Noël est que grâce à chacun(e) d’entre nous, les gens autour de nous soient un peu plus heureux d’être en présence de Dieu.
Comme aimait dire le curé de campagne dans le roman de Bernanos : « L’Église dispose de toute la Joie dont notre monde a besoin ». À chacun de nous de la semer au quotidien. Joie de se savoir aimé malgré nos fragilités. Joie de semer du bonheur autour de nous, surtout en ce beau temps de Noël.