Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

Dès le début de son évangile, saint Jean veut nous faire comprendre que Jésus n’est pas un enfant comme les autres : il vient de Dieu voire il est l’égal de Dieu. Ce mystère est tellement grand que les mots manquent pour le décrire. C’est pourquoi Jean utilise des symboles. Il présente le nouveau-né de Bethléem comme le Verbe et la Lumière qui entre dans le monde.
Mais pourquoi vient-il dans le monde? pourquoi se fait-il homme? Pourquoi entreprend-il de vivre une aventure terrestre qui, on le sait, le conduira à la mort?
La réponse est assez facile à donner. Jésus vient dans le monde pour que nous connaissions qui est Dieu, pour que nous ayons de lui une juste image, pour que nous voyions son visage. Jésus est le « reflet resplendissant de la gloire du Père », disait l’épître aux Hébreux. En voyant le Christ devenu homme, on voit donc le Père, on voit Dieu luimême. En voyant agir le Christ, on apprend à connaître Dieu lui-même : ce qu’il pense, ce qu’il fait, comment et pourquoi il le fait.
Il y a plus. Beaucoup plus. Non seulement Jésus, qui s’est fait enfant puis est devenu homme, vient-il nous révéler qui est Dieu, il vient aussi nous unir à Dieu. Cette union dépasse tout ce que nous aurions pu imaginer. Le Verbe de Dieu se fait enfant des humains pour que les humains deviennent enfants de Dieu.
Telle est l’intention profonde, l’objectif ultime de
l’incarnation. Saint Jean le dit sans détour : « Tous ceux qui
l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donne le
pouvoir de devenir enfants de Dieu ».
Alors en ce matin de Noël, après les grandes solennités de la nuit dernière, nous nous retrouvons ensemble dans une célébration moins élaborée, mais plus intériorisée pour prendre conscience que Jésus, Lumière du monde, nous invite à être porteur de sa Lumière les uns pour les autres, particulièrement pour ceux qui sont dans des ténèbres autour de nous : ténèbres de la solitude et de l’isolement, ténèbres de la maladie et de la souffrance morale, ténèbres des regrets inutiles et des « J’aurais donc dû… »
Pour nous rappeler notre mission de porter la Lumière de Dieu, je veux remettre ce matin les cinq chandelles de l’Avent à titre symbolique à cinq personnes ici présentes qui représentent cinq réalités vécues de semaine en semaine dans notre collectivité humaine. La couronne de l’Avent perd ainsi sa valeur symbolique parce qu’elle aura quitté l’église pour rayonner dans la communauté comme le veut la célébration de Noël « Quitter Dieu pour aller vers Dieu » comme disait Vincent de Paul.
Je dédie la première chandelle de l’Avent aux organismes
qui travaillent au service des pauvres et des défavorisés, à
tous ces bergers d’aujourd’hui qui se donnent sans hésiter
pour le bonheur des autres. Puissent-ils demeurer ces
semeurs de Paix dont notre monde a tellement besoin.
(….. vient chercher la première bougie)
Je dédie la deuxième chandelle à tous ceux et celles qui
soutiennent les autres dans leurs défis et leurs luttes parfois
trop ardues pour leur condition réelle de vie. Je pense aux
bénévoles auprès des malades, auprès des gens tentés pour
cesser leur combat de la vie, auprès des gens blessés dans
leur corps par un handicap physique. À la manière des anges
dans le ciel, puissent ces bénévoles demeurer des semeurs
de Foi, des semeurs de cette conviction que Dieu peut
toujours faire au-delà de tout ce qu’on peut imaginer.
(…. vient chercher la deuxième bougie)
Je dédie la troisième chandelle à tous ces gens qui mettent
de la joie et de la beauté dans la vie des autres par leurs
travaux d’artisanat, par leur animation musicale et
récréative, par leur souci d’entraide fraternelle. Ces gens
sont pour nous un cadeau de Dieu par la douceur de leur
soutien continuel. En ce jour de joie, puissions-nous devenir
de plus en plus nombreux à vouloir mettre de la beauté, de
la douceur, de la Lumière dans la vie de ceux qui nous
entourent.
(…. vient chercher la troisième bougie)
Je dédie maintenant la quatrième chandelle à tous les pères
et mères de famille de la communauté. À l’image de Marie
et Joseph, demeurez à l’écoute des divers besoins de vos
enfants, soutenez-les dans leurs défis quotidiens.
Encouragez-les sur la route du don de soi qui crée le vrai
bonheur. Apprenez-leur que l’Amour est à l’origine et au
terme de toute vie épanouie… Que l’Amour ne passera
jamais.
(Un jeune couple vient chercher la 4e bougie)
Il ne reste que la cinquième chandelle, celle qui représente
Noël au coeur de la couronne de l’Avent. Cette bougie
s’appelle Espérance. Elle rappelle le nouveau-né de
Bethléem. Elle rappelle le dynamisme et la force de
rayonnement de la jeunesse… de cette jeunesse qui parfois
dérange nos habitudes sclérosées, mais qui nous ramène à la
vérité et à l’authenticité. La jeunesse bâtit la communauté.
Elle est semence de joie de vivre et de rêves en de nombreux
lendemains merveilleux.
(Des jeunes viennent chercher la 5e bougie)
Dieu porte un rêve pour chacun(e) d’entre nous. Toute personne attentive à ce rêve de Dieu pour elle voit sa vie transformée : le bonheur habite son regard et se propage dans son agir.
Dieu rêve aussi d’un bonheur fécond pour l’ensemble de notre communauté humaine. Au contact les uns des autres, il devient plus facile de devenir meilleur quand on prend conscience de tout le bien qui se vit autour de nous. C’est ainsi que ces chandelles de l’Avent qui viennent de quitter le choeur de l’église pour être semé partout dans la communauté nous rappelle la mission de l’Enfant de Bethléem qui trouve encore écho chez les chrétiens ici rassemblés ce matin.
Oui Jésus est le Verbe et la Lumière encore présents dans le monde grâce à tous ces gens généreux qui se donnent au quotidien pour le bonheur des autres.