Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : «Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.»

Dans mon esprit, les deux premiers mystères joyeux du chapelet à savoir l’Annonciation et la Visitation, sont intimement reliés l’un à l’autre. On ne peut pas dire oui à l’oeuvre de Dieu sans demeurer sensible aux besoins des gens autour de nous. C’est ce que nous témoigne Marie quand, après avoir dit oui à l’ange Gabriel, elle part tout de suite aider sa cousine Élisabeth.
Et voilà que ce désir d’être un soutien pour une autre personne en allant la visiter provoque une nouvelle façon de nommer ce type de rencontre : la visitation, « c’est-à-dire, vivre une visite ou recevoir une visite qui devient une présence évidente de Dieu au milieu de nous.
Voilà ce que devraient être nos visites des prochains jours : une présence étonnante de Dieu qui réconforte les coeurs. Noël, c’est Dieu qui prend un corps d’homme dans la plus grande misère humaine. C’est un temps de générosité où les chrétiens que nous sommes s’appliquent à rendre les autres heureux : ce sont ces regards éteints qui recommencent à scintiller, ces mains fermées qui s’ouvrent à nouveau, ces coeurs blessés qui se cicatrisent, ces vies qui retrouvent un sens, et cela, en dépit des situations de souffrance qu’on ne peut pas changer : un deuil, une déchirure familiale, une maladie incurable, une perte d’emploi. À Noël, toutes les blessures deviennent des souffrances comme toutes les joies deviennent des extases.
La misère la plus cruelle à Noël est ce sentiment de solitude
parce qu’on a l’impression qu’on n’est important pour
personne. Mes plus beaux souvenirs de Noël remontent à
l’époque de ma première cure où je vivais en terre éloignée
du noyau familial. Comme je vivais seul dans un grand
presbytère, je recevais les miens les 23-24 décembre et le
matin de Noël, je me retrouvais seul, car mes frères allaient
visiter leur belle famille, ce qui est tout à fait normal. Alors,
pour occuper mon jour de Noël, je rendais visite aux gens de
la paroisse que je savais seul chez eux. Beaucoup me
voyaient arriver les larmes aux yeux en me disant que par
ma présence, c’est Dieu lui-même qui venait les visiter : que
de belles visitations. Sans l’avoir prémédité, je devenais
Quelqu’un pour eux en semant les belles couleurs de
l’Espérance.
Je vous souhaite cette même joie de Noël : joie d’aimer et de se savoir aimé, joie de semer du bonheur à ceux qui nous entourent, joie de permettre à une autre personne de découvrir que Noël n’est pas qu’une pauvre parenthèse dans la médiocrité d’une vie sans saveurs. Comme dit une chanson : « puisse Noël être le fruit du plus beau : Je t’aime » et puisse-ce "Je t’aime" être celui qui jaillit de ton coeur. N’oublions pas qu’en faisant la joie des autres, on fait aussi la joie de Dieu.