Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe: «À travers le désert, une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux deviendront droits; les routes déformées seront aplanies; et tous les êtres humains verront le salut de Dieu».

« Tout homme verra le salut de Dieu ». Chaque humain est conçu pour le bonheur. Plusieurs routes mènent au bonheur et au salut de Dieu. Mais tous les chemins ne conduisent pas vers le bonheur ou du moins plusieurs de nos routes ont besoin d’être balisées, réparées et redressées. Il y a des chemins de violence, de drogue et de bonheur préfabriqué qui ne mènent nulle part. Il y a des chemins de don de soi et de soutien mutuel qui mènent au bonheur en passant par des dépassements quotidiens. Ce sont ces routes de conversion, d’attention aux autres, de discernement de l’essentiel que nous propose Jean-Baptiste.
Le problème repose sur le fait que beaucoup de gens autour de nous n’attendent plus rien de Dieu, sinon quelques notes folkloriques en ce temps de Noël. Dieu pour eux fait partie de la naïveté de l’enfance.
Ça me rappelle un homme qui venait d’apprendre que je suis
curé et qui vient me dire son désarroi devant la méchanceté
des humains. Il se dit être athée, à moins que je lui prouve
que Dieu existe. Lui parler de prière, d’intériorité, de
discernement, n’a aucun sens pour lui. C’est alors que me
vient une idée : je prends deux petits pots identiques. Dans
le premier, je mets du sel et dans l’autre je mets du sucre.
Lequel est lequel?
Pour distinguer entre le sucre et le sel, il faut y goûter. De même en est-il des réalités divines : pour savoir qui est Dieu, il faut l’expérimenter, en vivre une expérience personnelle. Personne ne peut alimenter sa foi sur la foi des autres. Et cette réalité est tellement riche qu’elle ne peut pas se vivre seule.
En dépit de ma meilleure volonté, je ne peux pas, même curé, donner le goût de Dieu aux autres. Ça prend, dit-on, tout un village pour faire un humain. Ça prend aussi toute une communauté pour faire un chrétien convaincu et engagé. C’est la qualité de vie de la communauté qui demeure le plus beau discours sur Dieu. Même si je suis devenu prêtre et que j’étais fort impressionné par les curés de mon enfance, je n’ai rien retenu de leurs homélies. Par contre, je n’oublierai jamais le dynamisme de la communauté de mon enfance : leur amour, leur joie de servir, leur respect mutuel, leur désir de contribuer au bonheur les uns des autres, leur solidarité avec l’équipe de pastorale : voilà ce qui m’a interpellé. Voilà aussi ce qui me motive encore aujourd’hui pour vivre Dieu sur des chemins de bonheur au milieu de vous, avec chacun, chacune d’entre nous au quotidien. Voilà le mystère de Noël que nous nous préparons à célébrer : Dieu qui prend un corps d’homme pour nous rappeler que le coeur de Dieu bat dans notre coeur à chaque fois qu’on contribue au bonheur d’une autre personne.
Appliquons-nous dans les prochains jours à devenir une présence de Dieu pour ceux qui nous entourent, c’est-à-dire une présence qui fait du bien et qui donne aux autres le goût de devenir meilleurs.