Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Lorsque Jésus comparut devant Pilate, celui-ci l’interrogea : «Es-tu le roi des Juifs?» Jésus lui demanda : «Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit?» Pilate répondit : «Est-ce que je suis Juif, moi? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait?»
Jésus déclara : «Ma royauté ne vient pas de ce monde; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici.»
Pilate lui dit : «Alors, tu es roi?»
Jésus répondit : «C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Toute personne qui appartient à la vérité écoute ma voix.»

La fête du Christ-Roi rappelle cette histoire d’un gars irréfléchi qui veut apprendre à nager. Il se jette à l’eau et évidemment, il est en train de se noyer. Un homme qui passe par là le sauve de la noyade. Plus tard, à force de relever des défis impossibles et sans y réfléchir, il finit par tuer une autre personne. On lui fait un procès et en arrivant devant le juge, il reconnaît l’homme qui l’a sauvé de la noyade. Celui-ci lui dit : « Un jour, j’ai joué le rôle de sauveur pour toi, mais aujourd’hui, je suis ton juge et je dois faire régner la justice. Tu dois recevoir les conséquences de tes actes ».
Et si ce gars était toi, et si le Juge-Sauveur était le Christ.
La fête du Christ-Roi nous rappelle des images courantes de rois-symbole de puissance matérielle, de contrôle des autres, de pouvoir économique, moral, politique. Mais Jésus se veut un Roi-Juge tout autre que ceux-ci : un roi né dans une étable, un roi entré à Jérusalem sur un ânon, un roi couronné d’épines entre deux brigands. Nous voyons en Jésus un roi aux pouvoirs étonnants – pouvoir de l’amour sur la haine, pouvoir de la liberté intérieure… un roi qui s’identifie aux plus faibles et aux plus démunis. Notre Dieu a un faible pour ceux qui en arrachent.
Un roi qui ne se sert pas de ses pouvoirs pour son bien-être ou son confort : « Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve » Jamais Jésus ne s’est servi de sa puissance pour lui-même. Le message qu’il nous donne pourrait se résumer ainsi : quand on est plein de Dieu on se centre sur les besoins des autres et on ne succombe pas à la tentation de ne chercher que son confort : il a accepté volontairement, librement la croix. (Symbole de haine chez les Juifs – symbole de royauté chez les chrétiens).
Pilate demande à Jésus : « Qu’est-ce que la vérité? » Une
légende belge raconte qu’un jour un jeune homme s’était fait
promettre par Dieu qu’il rencontrerait un jour la vérité sous
les aspects d’une femme. À chaque dame étrangère qu’il
rencontre, il pose la même question : « Êtes-vous la vérité? »
Non, non, non. Après plusieurs mois de recherche, il croise
une vieille dame toute ridée et courbée par le poids de la
souffrance additionnée aux nombreuses années… Elle lui
répond : « oui je suis la vérité ». Alors il lui demande : « Que
puis-je dire de vous aux autres? » Elle répond : « Dis-leur
que je suis jeune et belle ».
Alors : pas facile de vivre dans la
vérité sans la maquiller avec nos espérances et parfois nos
fantasmes. Et pourtant, seule la vérité ou la réalité de nos
vies nous permet de construire notre quotidien sur le roc et
non sur le sable.
L’essentiel consiste à nous accepter tel que
nous sommes vraiment, avec nos forces et nos limites, et à
désirer mettre nos richesses au service des autres… ce qui
nous permet de suppléer nos faiblesses dans le terreau de la
solidarité (nouveau nom pour parler de la charité)
La grande blessure d’une vie est de ressentir que personne n’a besoin de notre collaboration, car les gens autour de nous nous regardent de haut. (C’est la grande misère des pauvres) Le défi de l’évangile à ce niveau consiste à redonner à chaque personne sa dignité humaine. Il n’est pas nécessaire d’être parfait pour aimer et se laisser aimer… mais il est parfait de se laisser aimer avec nos limites. L’important n’est pas de réussir une fraternité parfaire, mais de la désirer, de travailler pour qu’elle se réalise. Jean XXIII en relançant l’Église sur le chemin de l’oecuménisme disait : « Arrêtons de regarder ce qui divise et identifions surtout ce qui nous unit déjà les uns aux autres ».
Voilà le type de royauté que Jésus propose dont nous
recevons la mission à notre baptême en devenant « prêtre,
prophète et roi ».
Être prêtre fait appel à la prière et à la
liturgie.
Être prophète consiste à se laisser interpeller et
transformer par la Parole de Dieu et être roi, au sens
biblique, est un appel à bâtir un monde de justice et de paix
autour de nous. Et si cela se vit dans la joie, nous devenons
un ferment extraordinaire du Royaume de Dieu.