Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus parlait à ses disciples de sa venue: «En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel. «Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. «Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.»

Nous entendons souvent toutes sortes de prédications sur la fin du monde. Depuis les années 1980, il me semble que la fin du monde a été annoncée avec certitude 5 ou 6 fois. On fonde ces discours sur notre situation économique (chômage, inflation, pauvreté), sur les menaces de guerre nucléaires, sur la pollution, les pluies acides, le manque de respect de l’environnement. Et ces prédictions, on l’appuie sur les discours de St-Malachie, de Nostradamus, de Edgar Cayce en référence avec les textes bibliques comme celui d’aujourd’hui ou encore sur le livre de l’Apocalypse.
Qu’en est-il de l’évangile que nous venons de lire? Dans
l’imagerie populaire de l’époque du Christ, on comparait les
dieux grecs et romains aux différents astres de l’univers :
Zeus est le soleil, les différents dieux sont des étoiles et
l’empereur romain est considéré comme un demi-dieu, car il
est le reflet de Zeus sur terre : on le compare à la lune.
Le texte de Marc est écrit en l’an 64 : déjà on persécute les chrétiens depuis près de 30 ans et la destruction du temple de Jérusalem est imminente. Qu’a dit le Christ? « Gardez courage, la lune et les étoiles passeront, mais mes paroles ne passeront pas », c’est-à-dire les dieux païens disparaîtront, mais le christianisme survivra. « Restez vigilant, gardez confiance » : faites preuve de discernement face à tout ce qui est raconté. Ne marchez pas dans la peur. D’ailleurs St- Paul dira : « tout ce qui vient de Dieu produit en nous la paix, le réconfort et une joyeuse espérance. Tout ce qui nous trouble ne vient pas de Dieu ».
Toute cette imagerie de la divinité trouve sa source dans le récit de la création au début de la genèse : rappelons-nous qu’il ne s’agit pas d’un écrit journalistique rapportant des faits tels qu’ils se sont passés, mais d’une catéchèse qui vise quatre objectifs :
1- Dieu a tout créé (donc il est à l’origine de tout, même des dieux païens comme le soleil, la lune et les étoiles)
2- Il a créé en six jours et le septième, il s’est reposé, d’où le jour du sabbat
3- Le sommet de la création est le genre humain à qui il donne la mission de poursuivre son oeuvre
4- « Et Dieu vit que cela était bon » : petit refrain qu’on retrouve après chaque jour, ce qui suppose la question suivante : « Est-ce que tout ce qu’on vit est encore bon?
L’invitation qui prime de l’évangile d’aujourd’hui consiste à prêcher l’espérance : si nous qui nous rassemblons autour du Christ Sauveur de dimanche en dimanche ne réussissons pas à être porteur d’espérance dans un monde de souffrances : qui pourra témoigner de Jésus-Christ? C’est dans la nuit qu’on peut le mieux témoigné de la lumière. Et ils sont nombreux les gens qui vivent dans la nuit, dans les pays du tiers-monde, en Asie, en Afrique, en Amérique latine, mais également au Québec.
Je pense aux gens sans emploi à ceux qui subissent de la violence physique, morale ou psychologique, à ces gens qui n’ont pas les finances nécessaires pour répondre à tous les besoins que miroite notre société de consommation.
Je pense aux blessés dans leurs corps par accident, par maladie ou par infirmité de naissance; aux blessés dans leur coeur par une vie affective en souffrance, par une vie familiale brisée, par une vie sociale réduite à l’isolement…
Comment tous ces gens peuvent-ils espérer un monde meilleur si personne ne les soutient? Ces gens ont trois alternatives possibles :
- soit qu’ils espèrent vraiment la fin du monde pour mettre un frein à leurs malheurs
- soit qu’ils songent au suicide ou encore qu’ils s’étourdissent dans des bonheurs artificiels avec les dieux modernes que sont la drogue, la boisson ou le sexe.
Qui ose par son témoignage inspiré par l’évangile redonner un sens à la vie de toutes ces personnes inscrites à l’école de la désespérance qui souvent n’attendent plus rien de la vie tellement celle-ci les a blessées ou déçues?
Soyons cette semaine porteurs de lumière et d’espérance pour quelqu’un de blessé autour de nous : c’est plus important que de craindre la fin du monde.
Rappelons-nous les appels des premiers chrétiens :
D’où l’importance de ne jamais juger l’autre,