Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Dans son enseignement, Jésus disait: «Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés.» Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l’argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et déposa deux piécettes. Jésus s’adressa à ses disciples: «Amen, je vous le dis: cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence: elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre.»

À l’époque du Christ, les femmes n’ont pas accès au marché du travail. Elles sont complètement dépendantes de leurs maris pour survivre. Par conséquent, une veuve sans enfants est condamnée à vivre de la charité publique. C’est ainsi que Jésus se préoccupe du sort de sa mère quand il est sur la croix. Il est conscient que Marie est vouée à une grande misère : qui viendra en aide à la mère d’un criminel déshonoré publiquement par les autorités? Il confie Marie à Jean pour que ce dernier veille sur elle comme un fils.
Aujourd’hui, Jésus observe le comportement de certains
scribes qui sont préoccupés par leur image : le sens de leur
vie est dans la richesse et l’apparence…
Puis arrive une
pauvre veuve qui a pris sur son indigence pour donner à
Dieu. Voilà dit Jésus un modèle de foi, de générosité, de
détachement et de confiance en la divine providence.
Voilà
un coeur à l’écoute de Dieu et de sa volonté. Voilà un coeur
qui possède le désir de se laisser habiter par Dieu dès
maintenant, et cela, malgré l’absence d’un minimum de
confort pour vivre en sécurité.
Cette veuve pourrait s’appeler Mère d’Youville, Rosalie Jetté,
Émilie Gamelin ou encore Mère Térèsa : toutes des femmes
qui ont tout donné pour soutenir les pauvres et les blessés
de la société. Des femmes qui se sont données par amour.
« Toujours sur le point de manquer de tout, nous n’avons
jamais manqué de rien », dira Mère d’Youville. « Si j’avais
créé un comité pour trouver des solutions à la misère, nous
serions encore dans de grandes discussions… J’ai choisi d’aider
un pauvre à la fois. J’ai choisi de permettre à chaque personne
de pouvoir au moins mourir dans la dignité » dira Mère
Térèsa.
Nous vivons dans un monde d’hyperconsommation et d’individualisme. Tout nous pousse au cumul des biens, à l’abondance et à la surabondance. Nous nous enfermons sur notre peur de manquer du nécessaire et nous manquons ainsi la chance de donner une qualité minimale de vie aux plus vulnérables de notre société. Et pourtant : le vrai miracle de toutes souscriptions ne repose pas sur quelques dons prestigieux qui attirent l’attention, mais sur le fait de la majorité qui a fait sa petite part : on parle ici du miracle de la solidarité.
Alors, revenons à la question de départ : qu’est-ce que je donne à Dieu? Mon superflu ou mon nécessaire pour vivre? Cela vaut au niveau matériel, mais je crois que la même question se pose à d’autres niveaux. Partager notre nécessaire, c’est aussi partager son temps, ses talents et de sa personne. Le deux minutes où nous nous arrêtons pour répondre à telle personne alors que nous sommes super pressés : c’est donner de son nécessaire… et Dieu sait comment on vit dans une société de gens pressés. Le bénévolat que nous vivons, l’implication dans des comités, les services rendus sans rien attendre en retour, l’aide apporté à quelqu’un de mal pris qui n’a pas notre talent pour faire une chose en particulier : c’est donner de son nécessaire pour rendre les gens plus heureux autour de nous.
Donner, se donner est une nécessité pour traduire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui : un sourire, un mot d’encouragement, un téléphone gratuit et sécurisant, une écoute attentive… tout peut dire Dieu. Voulons-nous être un admirateur passif du Christ ou un disciple qui rend les autres heureux par nos petites attentions vécues avec coeur : voilà la question à approfondir dans les prochains jours.
Je pourrais résumer l’Évangile d’aujourd’hui avec cette pensée qui dit : « Il est agréable d’être important, mais il est plus important d’être agréable ».
Il est agréable d’être important, mais il est plus important d’être agréable.