Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Un scribe qui avait entendu la discussion, et remarqué que Jésus avait bien répondu, s’avança pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? »
Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.
Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »
Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui.
L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »
Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.

Un docteur de la loi, c’est-à-dire un spécialiste qui connaît
toutes les lois par coeur, demande à Jésus quel est le
commandement le plus important. Voilà une belle source de
chicane, car à l’époque de Jésus, il existe 613 prescriptions
de lois à observer rigoureusement pour aller au ciel. Il y a
248 réalités que nous sommes obligés de respecter et 365
interdictions.
Jésus n’embarque pas dans ce débat stérile. Il cite plutôt l’esprit qui devrait être à la source de notre agir inspiré par Dieu : l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de soi-même. Le scribe est resté bouche bée tellement ce raisonnement lui semble inspiré et inspirant.
Mais je me pose une question : « Quand on dit : « J’aime »,
qu’est-ce qu’on dit exactement? En l’espace de quelques
minutes, on dit : « j’aime telle émission de télévision, j’aime
le gâteau au chocolat, j’aime telle personne ». Est-ce que
j’aime telle personne sans m’investir comme quand j’écoute
la télévision ou encore pour la consommer comme le gâteau
au chocolat?
L’amour dont le Christ nous parle est un
engagement. Ne dit-il pas : « on vous a enseigné oeil pou
oeil, dent pour dent, et moi je vous dis : fais plus que ce qui
t’est demandé : on te demande un pas, fais-en cent; on te
demande ton manteau, donne aussi ta chemise…
La règle
d’or de l’amour jailli du coeur du Christ consiste à faire pour
les autres ce que nous voudrions que les autres fassent pour
nous. Il nous invite à un amour inconditionnel pour chaque
personne.
Il ajoute encore : « Aimez même vos ennemis ».
Tout ceci n’est pas possible si on ne puise pas dans le coeur
de Dieu (ce qui vient par la prière). Aimer en ne désespérant
jamais de l’autre ou en refusant de la réduire à ce que je
connais déjà sur lui. Avoir la force des recommencements.
Ce genre d’amour exige de la confiance et la capacité de
beaucoup pardonner.
Je pense souvent à une dame qui mangeait un pain miette par miette. Elle me dit : « J’ai peur de manger, car j’ai peur d’avoir à nouveau faim quand je l’aurai tout mangé ». C’est le drame de beaucoup de monde : on a peur d’aimer, car on a peur d’être blessé, déçu, abandonné ». Comme le dit une pensée : on a des amis le jour où on a décidé d’en être un pour les autres.
Je crois aussi que les coeurs habités par Dieu ne sont jamais
totalement heureux : ils leur manquent le bonheur des
autres. Les souffrances des gens qu’on aime et devant
lesquelles on ne peut rien sinon le pouvoir de la compassion
sont plus difficiles à supporter que nos propres souffrances.
Mais en même temps, reconnaissons qu’aimer et être aimé, c’est un avant-goût du ciel… et qu’aimer vraiment, c’est se laisser dire par Dieu : « tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ».
Ne craignons pas d’aimer, d’agir par amour et de nous laisser aimer : c’est ainsi que nous apposons la signature de Dieu dans tout ce que nous vivons comme personne et comme communauté chrétienne. C’est ainsi que nous donnons le goût du devenir meilleur à tous les chercheurs de Dieu qui nous entourent au quotidien.