Imprimer Texte plus gros Texte plus petit

Formation > Étude de la Bible > Réflexion chrétienne en cours > Archives > Année B, 28e dimanche ordinaire

Réflexion sur l'évangile du 28e dimanche ordinaire, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Marc 10, 17-30

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : «Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?» Jésus lui dit : «Pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements: Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.» L’homme répondit: «Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse.» Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit : «Une seule chose te manque: va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel; puis viens et suis-moi.» Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : «Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu!» Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend: «Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.» De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : «Mais alors, qui peut être sauvé?» Jésus les regarde et répond : «Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu; car tout est possible à Dieu.»

Pierre se mit à dire à Jésus : «Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre.» Jésus déclara : «Amen, je vous le dis : personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des soeurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, soeurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions et, dans le monde à venir, la vie éternelle.»

 

28e dimanche ordinaire - B

photo de Gilles Baril


Viens et suis-moi

 

Ce texte d’évangile nous présente un bon gars comme vous et moi qui a une vie sans histoire et qui nourrit le goût de Dieu. Mais, il lui faudra apprendre à compter sur les forces intérieures inspirées par Dieu beaucoup plus que de miser sur ses biens matériels. Il est peut-être trop préoccupé par son salut personnel. Il est peut-être du genre à dire : « Je fais des choses pour me sauver » ce qui amène à dire un jour : « J’en ai assez fait ».

Jésus présente au jeune homme riche trois étapes qui conduisent à la perfection chrétienne :

1- « Observe les commandements »
Nous vivons en société. Ça prend un certain nombre de lois pour éviter de nous écraser les uns les autres. La société se fonde souvent sur la concurrence et la rentabilité. Jésus souhaite mieux : il rêve d’entraide mutuelle ce qui n’arrive pas avec le « oeil pour oeil et dent pour dent ». On constitue un peuple sur une base de justice (lois), mais on ne forme pas une communauté juste à respecter la loi.

L’important est de se libérer, chacun à sa façon, pour suivre le Christ.

2-« Va, vends tout »
Jésus propose de faire communauté, ce qui veut dire : « se mettre en communion les uns avec les autres ». Il n’est pas naturel de souhaiter le meilleur pour les autres, à moins que notre intérêt personnel y trouve son capital. Faire communauté, c’est enrichir les autres de ce que nous sommes. Ceci n’est pas facile à réaliser avec notre seule force humaine : il faut puiser en Dieu.

jeune homme richeOtto Linnemann (1932)

« Va, vends tout » : c’est prendre la route des dépassements. À chacun d’identifier ses défis personnels pour rester sur la route de la perfection évangélique.

3-« Viens et suis-moi »
Suivre Jésus ne consiste pas à tous devenir curés, religieux ou religieuses. Suivre Jésus, c’est donner des pieds et des mains à notre foi par notre façon d’agir au quotidien… ce qui ne veut pas dire « toujours faire plus », mais plutôt : « toujours faire avec plus d’amour ce que nous avons à faire ».

Une communauté qui ne garde pas la préoccupation de ses nouveaux venus ou des plus faibles de ses membres est une communauté qui risque de perdre le sens de l’Évangile.

« Viens et suis-moi » est une question de patience et de tolérance beaucoup plus qu’une question de performance. Nous n’avons pas à épater les autres, mais plutôt à les édifier.

« Va, Vends, Viens et Suis-moi » : quatre verbes d’action. Allons enrichir les autres de ce que nous sommes et revenons à Dieu pour demeurer à sa suite. Le regard de Jésus sur le jeune homme riche est celui que nous devons poser les uns sur les autres si nous voulons devenir de vrais disciples et créer une communauté de vie et d’Amour.

Mais : qu’est-ce qu’un disciple? Le dictionnaire dit : une personne qui suit la doctrine d’un maître, qui suit son exemple. Alors, pour devenir de vrais disciples, il faut beaucoup regarder le Christ. Qu’a-t-il dit? Dieu est un Père qui nous aime et nous veut heureux. Qu’a-t-il fait? Il a accueilli sans condition, il s’est arrêté à chaque personne pour témoigner que « chacun est unique aux yeux du Père ». Il n’a jamais jugé personne, voire, il a défendu les 177 condamnés d’avance par les préjugés sociaux. Que lui a-t-on fait? On l’a condamné à mort parce que l’amour dérange. Lui, l’homme aux pouvoirs étonnants est mort à la manière d’un esclave sans rien pouvoir y faire sinon aller au bout de l’amour. Et voilà que de sa mort naît le véritable pouvoir. En effet, le seul pouvoir que nous possédons sur les autres est celui de les aimer. Seul l’amour permet à une personne de se changer elle-même, car l’amour permet à nos sources intérieures d’éclore au grand jour.

Notre mission comme baptisé consiste à faire l’oeuvre de Dieu et non seulement faire des oeuvres pour Dieu. L’oeuvre de Dieu se vit dans notre capacité d’aimer inconditionnellement au quotidien. Notre mission n’est pas un « pouvoir à exercer », mais un « service à accomplir ».

En ce sens, nul ne peut se vanter d’appartenir au Christ, s’il ne s’applique pas à l’imiter. Imiter ne veut pas dire copier aveuglément un modèle, mais plutôt suivre un témoin. Nous finissions toujours par être transformés par celui qui nous inspire.

La question que j’entends souvent au sujet du jeune homme riche est la suivante :

« Jésus l’a-t-il condamné parce qu’il ne l’a pas spontanément suivi? » Pour trouver une réponse, remarquons l’attitude de Jésus : il lui propose un dépassement parce que le jeune homme lui dit qu’il veut faire plus qu’observer les commandements. Quand nous invitons quelqu’un à entrer dans un comité : s’il refuse, nous respectons sa réponse et nous continuons à l’aimer (du moins je vous le souhaite sinon c’est vous qui avez un problème). Inviter n’est jamais imposer, Jésus invite. Il propose. À nous la réponse.

Avant de me taire, permettez-moi une dernière précision : Jésus dit : « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Cette expression fait appel à une image tirée de la culture juive. Par exemple quand on dit à quelqu’un : « La maison est toute à l’envers ». Évidemment vous avez compris que ça veut dire que le ménage n’est pas fait, et non que le toit est rendu au plancher et que le plancher est rendu au plafond. Chez les Juifs, on a subi quelquefois la profanation du temple des conquérants avec leurs chevaux et leurs chameaux. Pour éviter que la réalité se répète, on a barricadé à jamais les grandes portes du temple puis on a fait des petites portes de trois pieds dans les grandes portes, de sorte qu’il faut maintenant se pencher pour entrer dans le temple… et ces petites portes sont appelées « le trou de l’aiguille ». La petite porte enseigne aux Juifs que pour entrer chez Dieu, il faut se prosterner dans une attitude de respect et d’humilité. Voilà le chemin qui conduit à la plénitude de Dieu nous dit le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui.

 

Chacun et chacune doit renoncer à ce qui l’empêche de répondre à cette invitation : «Viens et suis moi

 

_______________
Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre. (2) Vitrail exposé dans l'église du Sacré-Coeur, paroisse du Sacré-Coeur Luxembourg-Gare