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Réflexion sur l'évangile du 26e dimanche ordinaire, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada

 


 

 

Marc 9, 38-48

Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : «Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent.» Jésus répondit : «Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.

Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. «Si ton oeil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.»

 

26e dimanche ordinaire - B

photo de Gilles Baril


L'importance de la solidarité

 

Jean, le disciple bien-aimé, trouve anormal et inacceptable que des gens qui ne font pas partie du groupe des disciples chassent des démons, qu’ils aient les mêmes pouvoirs qu’eux.
Que s’est-il passé? Jean a vu un étranger à leur groupe chasser les démons alors qu’eux-mêmes, disciples de Jésus, avaient échoué en l’absence de Jésus.

Il est bien évident qu’aujourd’hui ce problème d’exorcisme de chasser les démons se pose bien autrement. Mais il est très actuel. Quels sont les démons d’aujourd’hui qu’il faut chasser? Nous les connaissons bien : par exemple le manque de sens moral; le mépris de la vie; l’exploitation des faibles, des petits, des enfants, les comportements racistes, la mauvaise répartition des richesses, l’oubli de Dieu. Tous ceux et celles qui luttent contre ces maux que nous venons d’énumérer ne sont pas nécessairement des baptisés ou des chrétiens.
Ne nous arrive-t-il pas de nous méfier de ceux qui ne sont pas de notre école?
Le sectarisme n’est pas mort. Il existe encore dans nos communautés chrétiennes des querelles de préséances, de jalousies et de mesquineries. Jésus vient de conseiller à ses disciples de se mettre en état de service et de ne pas rechercher les premières places.
La réaction de Jean en est une de domination, une volonté de puissance, un souci de garder un monopole. Cette attitude des disciples est un phénomène encore actuel.

Le groupe des douze n’est pas le seul dépositaire de l’Esprit de Dieu.

Le groupe des douze n’est pas le seul dépositaire de l’Esprit de Dieu. On n’enchaîne pas l’Esprit Saint : il est libre, il n’est lié par aucun rite. Il suscite des prophètes même en dehors de l’Église. Admirons la largeur de vue de Jésus face à toutes les intolérances des humains. Quel esprit nous habite? Est-ce l’Esprit de Jésus?

pousséeSommes-nous capables de faire du bien à ceux qui nous font du mal? Jésus n’oublie pas l’esprit de service : un verre d’eau en mon nom ne restera pas sans récompense. Un verre d’eau, ce n’est presque rien. C’est le symbole du plus petit service qu’on puisse rendre à quelqu’un. Ce quelqu’un c’est le Christ. « Ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Jésus s’identifie au plus petit des humains. Jésus termine cette page d’évangile par une mise en garde importante : si ton oeil, ta main ou ton pied t’entraîne au péché, coupe-le ».
Qu’est-ce à dire? Dans le langage biblique, l’oeil, c’est le savoir; la main, c’est la possession et le pied, c’est le pouvoir (on mettait le pied sur l’adversaire écrasé devant nous).

Alors si tes connaissances te donnent l’impression d’être devenu supérieur aux autres, coupe-les. Si tes biens sont devenus la raison d’être de ta vie, coupe-les. Si ta soif de pouvoir fait de toi un tyran pour ton entourage, coupe-la. Bref, coupe tout ce qui t’empêche d’être témoin du Christ. Coupe tout ce qui te met dans un esprit de rivalité face à tes proches. L’orgueil est l’essence même de l’esprit du mal alors que l’humilité demeure la route vers la plénitude.

Le monde d’aujourd’hui, comme celui d’hier et celui des premiers chrétiens a besoin de trouver un sens à la vie : les gens attendent de nous les chrétiens que nous soyons signifiants et authentiques : l’Église (c’est-à-dire tous les baptisés) doit continuer d’interpeller la société frappée de myopie par le paradigme de l’utilitarisme et de l’instantané.

L’Église se doit d’interpeller la société pour lui éviter le dérapage du « Je, Me, Moi » au détriment du bien communautaire. Notre situation est parfois inconfortable, notre présence est parfois dérangeante, mais cette mission qui est la nôtre demeure porteuse d’espérance et d’avenir… et pour une arrivée à bon port, il faut comme l’apprend Moïse dans la première lecture apprendre la solidarité du travail en équipe pour ne pas nous laisser écraser par le fardeau du bien à accomplir au quotidien. Qui fait oeuvre d’Église ne travaille jamais seul. Un chrétien isolé est un chrétien en danger.

Appartenir au Christ, c’est se soucier des autres, c’est se sentir responsable du bonheur les uns des autres.