Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. Car il instruisait ses disciples et il leur disait: «Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera.» Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger.
Ils vinrent à Capharnaüm; et, une fois à la maison, il leur demandait: «De quoi discutiez-vous en chemin?» Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand.
Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit: «Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.» Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit : «Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé.»

Chemin faisant vers Capharnaüm, Jésus révèle à ses apôtres le sens profond et réel de sa mission. Mais ceux-ci n’écoutent pas, car ils sont préoccupés par leur quête de pouvoir et leurs performances personnelles dans le futur royaume de Jésus où tous souhaitent occuper le poste de premier ministre. Jésus est isolé face à son réel projet de salut. Il nous arrive à nous aussi de ne pas comprendre les autres ou de ne les écouter qu’à la lumière de nos préoccupations. Par exemple, souvent en l’espace de quelques minutes, je me fais dire : « T’as maigri » puis « T’as bien engraissé » ou encore « t’as l’air fatigué »… puis « t’as donc l’air en forme ». Comment expliquer ces différentes perceptions de la personne rencontrée… surtout que je n’ai ni maigri ni engraissé depuis au moins cinq ans?
Pourquoi on ne comprend pas les autres?
– Parce qu’ils sont différents de nous et que ça nous
insécurise.
– Parce qu’on se sous-estime nous-mêmes et qu’on a
besoin de se sentir valoriser, alors on abaisse les autres
ou on les accuse de nos faiblesses.
– Parce qu’on se met dans un esprit de rivalité avec les
autres au lieu de se mettre en complicité sur un terrain
de communion, là où pourtant nous espère le Christ.
« De quoi discutiez-vous? »
Voilà le test de l’ivressomètre de notre vie intérieure :
quelles sont nos préoccupations réelles?
Qu’est-ce qui nous trotte dans la tête?
Jésus suggère l’image d’un enfant : un enfant, c’est simple, spontané, généreux. Un enfant, ça n’a pas d’arrière-pensée ni de rancune. Il se chicane et deux minutes après, tout est oublié et il recommence à jouer avec l’autre.
Permettez-moi une autre image :
Dans les débuts de la diligence tirée par des chevaux, il y avait trois classes de voyageurs et conséquemment trois prix différents. Curieusement tout le monde était assis dans le même compartiment. Mais lorsqu’il y avait une montée assez raide, les gens qui avaient un billet de première classe restaient assis dans la diligence, ceux de deuxième classe devaient obligatoirement sortir et monter la colline à pieds. Ceux de la troisième classe devaient pousser la diligence pour aider les chevaux. Ceci illustre bien la parole de Jésus. Dans le royaume de Dieu, « celui qui veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous, et le serviteur de tous ». Les disciples de Jésus doivent toujours prendre un billet de troisième classe, s’ils veulent être en première classe dans le Royaume de Dieu.
Cela parait exigeant, difficile à vivre. Mais pensons-y bien! Quand il y a un problème quelque part que l’on veut résoudre, qu’elle est la meilleure place, s’asseoir et attendre que les autres le règlent à notre place? Se laver les mains et se situer carrément à côté du problème comme s’il ne nous regardait pas? Quelqu’un a dit un jour : « Si tu ne fais pas partie de la solution, tu fais partie du problème ». Quels sont les gens que nous admirons le plus? Ceux qui restent assis dans la diligence, ceux qui marchent à côté ou ceux qui mettent la main à la roue pour gravir la colline? Jésus dit que Dieu, dans son Royaume on admire ceux qui se sentent concernés et s’attellent à la tâche pour trouver une solution.
Le Christ aime ceux qui s’associent à son désir de rendre toutes personnes heureuses en sa présence pour notre accueil, notre écoute et notre respect. Donnons à tous le goût de devenir meilleur en s’appliquant nous-mêmes à rendre le monde meilleur autour de nous.