Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait: «Pour les gens, qui suis-je?» Ils répondirent: «Jean Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres, un des prophètes.» Il les interrogeait de nouveau: «Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je?» Pierre prend la parole et répond: «Tu es le Messie.»
Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne. Et, pour la première fois, il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre: «Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.»
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit: «Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera.»

Pierre a été témoin des enseignements et des miracles de Jésus et comme ses contemporains, il espère le Messie. Alors ce Jésus aux pouvoirs étonnants, il est clair pour lui qu’il est le Messie. Or le Messie à cette époque est perçu comme une manifestation victorieuse et puissante de Dieu… et Jésus parle de souffrances, de mort et de résurrection. C’est à n’y rien comprendre.
Le Messie, à la manière du Christ, n’est pas quelqu’un qui
écrase le monde, qui écrase ses adversaires et qui assure sa
victoire par la puissance. C’est quelqu’un qui entre dans un
chemin de service. La victoire du Christ sur le monde, c’est
la victoire de l’amour, ce n’est pas la victoire de la puissance.
Ce genre de Messie n’était pas sans causer des problèmes.
Comment, en effet, annoncer au monde un Messie, un
Sauveur, qui est un être faible, écrasé, et condamné à mort?
Ce n’est pas ce que les gens souhaitent. Or c’est là
précisément ce que Jésus désigne comme la tentation, c’està-
dire croire que le salut du monde, la victoire sur le mal
reposent sur la puissance. Le salut passe par l’engagement
discret au service des autres.
Le Messie, à la manière du Christ, c’est un être qui ne jouit pas d’une promesse de vie facile, de succès retentissants. Il est même invité à perdre sa vie. Dans ce contexte, on comprend mieux la réaction de Jésus à l’affirmation pourtant généreuse et en soi vraie de Pierre : « Tu es le Messie ». Ce n’est qu’en suivant le chemin de la croix que l’on comprendra sur quel chemin le Messie accomplit son oeuvre de libération : non par la puissance des armes, mais par la faiblesse de l’amour et du service.
C’est là l’invitation de saint Jacques dans la deuxième lecture d’aujourd’hui. Il faut agir pour les autres quand on prétend avoir la foi. « Celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte ». Nous sommes souvent prêts à dire que nous sommes chrétiens, pourvu que cela ne demande pas de nous certaines choses que nous considérons déraisonnables. Nous consentons à être identifiés comme chrétiens pourvu que nous puissions continuer d’être comme tout le monde. Or, précisément, ce que la foi introduit dans notre vie, c’est un élément de différence par rapport à monsieur et madame tout le monde. Nous ne pouvons pas être disciples du Christ si nous n’entrons pas dans le chemin du service aux autres.
J’ajoute encore que le service des autres doit nous conduire à un profond respect du prochain : ce qui prouve que nous sommes de Dieu, ce n’est pas ce qu’on dit sur Dieu, car il est facile d’être théorique dans notre discours sur Dieu… ce qui prouve que nous sommes de Dieu, c’est notre façon de parler des autres. Il est préférable de faire un acte d’humilité et de se taire plutôt que de dire des paroles blessantes au sujet d’une autre personne. Un proverbe arabe dit : « Que ta langue ne dise pas l’imperfection d’un autre, car tu es plein d’imperfections et les autres ont tous une langue ».
Mon directeur spirituel au Grand Séminaire nous a donné un petit truc pour toujours demeurer sur les pas du Christ. « Il s’agit, disait-il, d’agir quand on est seul comme si tout le monde nous regardait puis d’agir devant les autres, comme si on était seul ».
Vivre en Sauveur de la communauté, c’est demeurer au service le la communauté dans l’humilité, la simplicité et le respect de chaque personne. Voilà ce que nous enseigne non seulement la page d’évangile d’aujourd’hui, mais l’évangile dans chacune des ses pages.
Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera.