Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus quitta la région de Tyr; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.
On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit: «Effata!», c’est-à-dire: «Ouvre-toi.» Ses oreilles s’ouvrirent; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement.
Alors Jésus leur recommanda de n’en rien dire à personne; mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient. Très vivement frappés, ils disaient: «Tout ce qu’il fait est admirable: il fait entendre les sourds et parler les muets.»

Une première constatation : la foule emmène un sourdmuet, Jésus l’emmène à l’écart pour le guérir et il recommande de ne rien dire à personne : pauvre lui : il lui donne la parole et lui dit de se taire. Pourquoi?
Parce que Jésus sait ce qu’il y a dans le coeur de l’homme. Il
sait que les gens sont attirés non par son message qui risque
de les obliger à changer des choses dans leurs vies, mais par
ses miracles : plutôt que de donner on veut recevoir de Dieu
et des autres. Jésus ne veut pas être un simple thaumaturgeguérisseur
parmi tant d’autres.
Il sait que ce qu’on gagne en surface, on le perd en possibilité de se ressourcer. Il sait qu’un arbre, par exemple, doit avoir des racines fortes avant de prendre de la hauteur parce que ce sont les racines qui lui permettent de résister aux tempêtes de la vie et de ne pas ployer sous le fardeau de ses fruits.
Ainsi en est-il de la foi : elle doit s’enraciner de plus en plus
dans notre coeur et non s’étaler sur les places publiques. Les
gens qui crient Dieu à droite et à gauche ne sont pas
nécessairement les plus édifiants. Par contre, ceux qui
assument leurs souffrances sans se plaindre ou chercher à
culpabiliser quelqu’un d’autre, eux sont interpellants.
Quelqu’un qui a rencontré Dieu le transpire naturellement : voici une petite anecdote vécue par François d’Assise :
Un jour, en sortant du couvent, saint François rencontra frère Genièvre. C’était un frère simple et bon. Saint François l’aimait beaucoup.
En l’abordant, il lui dit : « Frère Genièvre, viens, allons prêcher! »
« Tu sais bien, mon Père, que j’ai peu d’instruction. Comment pourrais-je parler aux gens? »
Mais comme saint François insistait, frère Genièvre finit par accepter. Ils parcouraient toute la ville en priant silencieusement pour tous ceux qui travaillaient dans les boutiques et les potagers. Ils souriaient aux enfants spécialement aux plus pauvres. Ils échangeaient quelques paroles avec les aînés, caressaient les malades, aidaient une femme à porter un énorme seau d’eau.
Après avoir ainsi traversé plusieurs fois la ville, saint François dit : « Frère Genièvre, il est temps de retourner au couvent! »
« Et notre prédication? »
« Nous l’avons faite… nous l’avons faite, pas en paroles, mais par notre agir » lui répondit le saint en souriant.
Si dans ta poche tu portes un parfum fort et musclé, inutile de le raconter à tout le monde! Le parfum parlera à ta place. La prédication la meilleure, c’est le parfum de ton agir.
Il y a des gens qu’on rencontre et juste leurs comportements nous disent Dieu : ces gens vivent au milieu de nous, comme chacun de nous, mais on sent chez eux un idéal élevé. Ces gens ne craignent pas de s’oublier pour les autres. Jamais ces gens de diront : « J’en ai assez fait : que les autres s’arrangent ». Non, ils sont toujours disponibles même si parfois leur emploi du temps est déjà surchargé. On a toujours le temps de faire ce qu’on aime ou ce qui nous donne la certitude de contribuer au bonheur des autres.
Jean Vanier disait : « La pire atrocité n’est pas la méchanceté
des méchants, mais le silence des bons ». Le danger des bons,
c’est de s’étourdir dans l’action (les réunions) et de fermer
les yeux sur les réalités du monde autour de nous.
Mère
Térésa disait : « Si j’avais créé un comité pour essayer de
comprendre la misère humaine, je serais encore en réunions.
J’ai choisi plutôt d’aller dans la rue et d’aider un pauvre à la
fois ».
Que Dieu nous guérisse d’être du trop bon monde à
qui on ne peut rien reprocher, mais du monde sans saveur,
sans odeur qu’on ne sent pas habité par Dieu. Que Dieu
nous donne des yeux pour le voir, des oreilles pour
l’entendre dans le cri des gens qui souffrent autour de nous.
Qu’il nous donne aussi une bouche pour parler au nom des
ces gens mal pris que personne n’écoute, car ils n’ont plus de
crédibilité pour dire leur désarroi et leur mal à l’âme.
En ce début d’une nouvelle année pastorale, j’ose émettre un souhait : que nous rencontrions Dieu personnellement à l’intérieur de nous, comme une source limpide et intarissable et que nous devenions ainsi des gens nous édifiant les uns les autres en étant heureux de servir en sa présence.